

21 Grams
On dit que nous perdons tous 21 grammes au moment
précis de notre mort...
Le poids de cinq pièces de monnaie.
Le poids d'une barre de chocolat.
Le poids d'un colibri.
21 grammes.
Est-ce le poids de notre âme ?
Est-ce le poids de la vie ?
Paul attend une transplantation
cardiaque. Cristina, ex-junkie, est mère
de deux petites filles. Jack sort de prison et redécouvre
la foi. A cause d'un accident, ils vont s'affronter,
se haïr... et s'aimer.
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Peu de films contemporains peuvent revendiquer le statut
d'oeuvre de cinéma: 21 Grams parvient
à s'imposer avec stature et pugnacité parmi
les films les plus brillants et les plus bouleversants
de ces dernières années. Authentique requiem
depressif, le film embarque le spectateur pour un voyage
narratif au coeur duquel chacun parviendra à construire
sa propre logique, le récit étant constitué
de fragments, de brisures disparates et éclatées
qui, mise bout en bout, forment une somme d'émotion
d'une profondeur comme on en rencontre peu souvent. A
cet éclatement narratif parfaitement mesuré,
Inarritu greffe une mise en scène électrique,
aux gestes et aux propositions d'écriture fulgurants,
tendue comme un arc, d'une infinie justesse dans l'évocation
et qui ne manquera pas de marquer les mémoires
de cinéphiles. Assisté par des acteurs totalement
invetsis dans leur travail et leur évolution dramatiques
(Sean Penn touche au génie et Naomi Watts se révèle
littéralement en libérant son talent dans
cette composition incroyablement puissante), le cinéaste
libère une énergie créatrice débordante
et insuffle a ses petites touches de réalité
une vérité émotionelle à proprement
parler déstabilisante. Son film demeure intense,
viscéral et possède indéniablement
la force brute d'une expérience de la vérité.
Sublime. Les cinéphiles auront noté qu'Inarritu
et ses scénaristes ont puisé dans le cinéma
d'Atom Egoyan, où les différentes strates
temporelles et l'hétérogénéité
narrative du récit parviennent à creuser
au coeur même du film, bien en deça de son
apparente complexité. Un effort est certes nécesssaire
pour recevoir l'oeuvre, mais autant la laisser venir à
soi, lui redonner sa liberté.
Selon Frank Garbarz, de la revue Positif:
"(...) Inarritu s'impose (...) comme un des talents
les plus vigoureux et les plus originaux de sa génération
(...) Son style fiévreux, survolté, sa direction
d'acteurs impérieuse (...) son jeu baroque avec
les spirales du temps, allant de pair avec une fulgurante
intensité émotionnelle, font de 21 grammes
une expérience rare."
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L'image
Le film propose à lui seul une intense
expérience visuelle, quasiment entièrement
tourné caméra à l'épaule afin
de maximiser le côté pris sur le vif, à
fleur de peau de la réflexion proposée. Cette
édition DVD se révèle délicieusement
réussie, avec un grain d'origine parfaitement respecté
et un superbe étalonnage colorimétrique, respectant
l'intégrité visuelle de chaque lieu où
se déroule le film. L'image ne subit jamais les artefacts
du numérique, notamment en terme de lissage, et présente
de véritables aspérités visuelles héritées
de l'argentique. Le grain est omniprésent, mais l'internégatif
utilisé est quasiment libre de tout défaut.
La fluidité n'est jamais prise à défaut,
tout comme la compression, soit au final un excellent niveau
de fidélité. Les gros plans possèdent
une densité très charnue et la profondeur
de champ s'étire très loin. Une réussite
technique qu'il convient de souligner, à n'en point
douter. A noter le somptueux travail du chef opérateur
atitré d'Inarritu, Rodrigo Prieto, qui à lui
seul mériterait l'Oscar: des ambiances et des scènes
de vie quotidienne incrustées dans la chair même
des images. Eblouissant!
Le son
Pour ceux accordant une importance suprême
à la fidélité d'une bande-son celle
de 21 Grams brillera de mille feux. Mixage artistique
très ténu et d'une grande discrétion,
mais qui s'occupe d'extirper l'intimité des situations,
notamment grâce à un très bon rendu
des dialogues. Tantôt délicate, tantôt
agressive (coups de feu) mais toujours juste dans son
évocation, la bande-son repose sur une base réaliste
qui irrigue toute la scène frontale, les voies
arrières étant très peu sollicitées.
Elles relayent cependant les ambiances et les bribes musicales
avec une clarté identique et un rapport signal
sur bruit qui sait parfaitement mettre en valeur les plans
sonores, du premier au troisième. Une bande-son
de première catégorie que certains trouveront
timide, voire timorrée, mais qui mise intensément
sur la vérité acoustique en abordant chaque
événement sonore et chaque lieu (et on en
change souvent!) avec clarté et pertinence. Cette
apocalypse intime est suivie de très près
par le travail sur la bande-son qui met en scène
les voix plutôt qu'il les matérialise: à
cet égard, on notera que toutes les nuances du
jeu très sophistiqué de Naomi Watts sont
reproduites dans leurs moindres inflexions. A l'image
d'un requiem, cette bande-son immerge discrètement
les spectateurs. En outre, cette réussite dans
la discrétion est épaulée par un
montage sonore certes peu inventif mais qui sait alterner
les sensations et les émotions au même titre
que la caméra, virtuose. La piste DTS excelle considérablement
à créer cette émotion et à
définir l'intimité sonore en la détourant
avec soin. Sur certains passages, les différences
avec la piste Dolby Digital sont très convaincantes.
Le format DTS permet de par sa plus grande capacité
dynamique un réhaussement très net des masses
sonores (scènes situées en extérieurs,
piscine) qui du coup retrouvent une fougue qui fait cruellement
défaut à la piste Dolby Digital lorsque
l'on fait grimper les décibels. De plus, le Dolby
Digital peine à reproduire l'intégrité
sonique du film en proposant une scène sonore trop
ténue, trop mince. Lorsque intervient la musique,
le champ sonore se pare de superbes médiums, reproduits
avec impact et tessiture, comme le grain de la voix de
Sean Penn, captée avec délectation, sans
compression numérique sonore notable et sans distorsion
apparente. La réponse en fréquence s'avère
linéaire et même plutôt "étirée"
vers les extrêmes, de manière surprenante
pour un film intimiste. La voie centrale bénéficie
ainsi d'atouts de taille et remplit son office avec un
aplomb qui nous convainc totalement, surtout en DTS 5.1.
On pourrait se demander si la finesse du son serait reproduite
à l'identique en Dolby Surround avec un autre codage
(PCM non compressé, MPEG I analogique etc...)...
Néanmoins, la bande-son possède suffisamment
de nuances discrètes et de micro informations soniques
pour prendre tout son sens en multicanal, surtout lorsque
l'on réalise le soin dans la clarté de la
reproduction globale. La piste DTS élargit également
la perception psycho-acoustique de la scène frontale,
et accentue le côté triphonique en faisant
palpiter les voies latérales, en parallèle
de la voie centrale. Une réussite indéniable,
incrustée d'événements sonores donc
de variété et de nuances, magnifiquement
mis en scène par le format DTS. Enfin, petite parenthèse,
cette bande-son nous rappelle quelques mots de André
Bazin relatifs au cinéma: " Comme dans le
roman en effet, ici ce n'est pas seulement le dialogue,
la clarté descriptive mais le style imprimé
au langage qui crée le sens". Et à
ce titre, dans sa dimension intime, la bande-son 5.1 de
21 Grams oeuvre comme un véritable langage.
L'interactivité
Pas l'ombre d'un bonus, pas même
une bande-annonce... On attend, en croisant les doigts,
que justice soit faite sur une prochaine édition...
en zone 2 peut-être? Inarritu se la jouerait-il
Terrence Malick ?
Une bizarrerie à noter: la présence d'une
bande-annonec contenant des extraits des films Universal
de 2004 est présente sur le disque mais inaccessible
sur un lecteur de DVD de salon. Pire: aucune bande-son
n'est présente... Et pourtant, on y découvre
la bande-annonce du très attendu Eternal Sunshine
of the Spotless Mind... Etrange!
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