Le DVD (zone 2, TF1 Vidéo) possède une piste
son encodée en DTS 5.1 Plein Débit (1509.75
Kbps), ainsi qu'une autre encodée en Dolby Digital
5.1 (448 Kbps). Le format de l'image est en PAL, 16/9
anamorphique, 2.35:1 environ. 74 minutes environ (film).
22.99 €
NOTEZ LE FILM:
NOTEZ LA PISTE DTS:
DOGORA
(2004)
Un film de Patrice Leconte.
Un
film musical sans acteur ni dialogue, tourné
au Cambodge, et dont le scénario est constitué
d'une suite symphonique du compositeur français
Etienne Perruchon intitulée Dogora.
En 2002, Patrice Leconte assistait à
une représentation de Leonce et Lena de Georg Büchner.
Il reste frappé par la musique d'Etienne Perruchon
et lui demande d'autres de ses compositions. C'est alors
qu'il tombe sur Dogora, un morceau de vingt-cinq minutes
aux accents slaves qu'il écoute en boucle.
Plus tard, le cinéaste se rend pour la première
fois au Cambodge. Le pays le bouleverse : "Jamais
encore, je n'avais ressenti de telles émotions.
Ce ne sont pas celles d'un citadin européen apitoyé
par des modes de vie précaires. Non, ces émotions
sont inédites, graphiques, intimement humaines,
comme si chaque visage, chaque posture, chaque regard
était un hymne à la vie." Le regard
du cinéaste était à l'oeuvre.
Et un jour, au détour d'une rue, la mélodie
de Dogora lui revient à l'esprit : "L'union,
a priori contre nature, de ce pays d'Asie et de cette
musique qui évoque parfois l'Europe Centrale, s'est
imposée à moi (...). J'ai alors su que je
ferai un film au Cambodge, un film sans parole, sans aucun
commentaire, uniquement habité par la musique d'Etienne
Perruchon (...)." Dogora Ouvrons les yeux
était né.
Tout comme Godrey Reggio avant lui (la
trilogie des qatsi, qui s'ouvre avec koyaanisqatsi,
se poursuit avec Powaqqatsi et se conclue
avec Naqoyqatsi), Leconte, homme d'imageS, opte
pour un non-dit linguistique, une impasse langagière:
le Dogorien est une langue inventée de toute pièce
par Perruchon, et dont la signification échappera
à tout le monde, même à son créateur.
A l'image du qatsi, elle dit le monde sur un
mode linguistique qui lui est propre, en imposant au spectateur
l'objectivité et la complétude plastique
d'un autre langage, bien réel, celui du cinéma.
Dogora comme les qatsi sont en effet
perçus comme des oeuvres très chargées
sur le plan esthétique, au coeur duquel images
et sons forment les coordonées essentielles d'un
projet de mise en scène cohérent. L'image
poursuit la cohérence horizontale du film, tandis
que le son, plus modulé, s'étend sur un
plan vertical et développe l'amplitude expressive
du film, via la musique. Philip Glass chez l'un, Etienne
Perruchon chez l'autre.
Variation infinie de l'échelle
des plans (qui duplique l'immensité visuelle du
pays observé), camaïeu de couleurs, farandole
de contrastes, féérie de couleurs et épiphanie
d'images, Dogora se veut un authentique voyage
sensoriel, visuel et musical. Ni action ni documenatire,
le film est inclassable et dépasse tous les genres.
Expérience émotionrelle rare, jamais didactique,
il existe via une association sensorielle d'images et
de sons, de musique aussi, toujours poétiques ou
ludiques.
Le film commence par le titre "Pour
Lucie". Cette dédicace s'adresse à
la petite-fille de Patrice Leconte. "Je suis grand-père
depuis quelques mois, explique le réalisateur,
il ne s'agissait pas de lui dédier le film (...),
mais d'espérer que plus tard, quand elle verrait
Dogora Ouvrons les yeux, elle comprenne que dans
le Monde, ailleurs, il y a des enfants qui font de leur
mieux pour survivre, et qui n'ont pas la chance qu'elle
a d'être née par ici..."
La caméra employée, Panavision
HD Cam, a été conçue pour délivrer
une image numérique fine et qui restitue une texture
argentique. Si cela ne se vérifie pas à 95%
du temps, le reste l'est plutôt, et même s'il
convient de s'habituer à ce type d'image lisse et
"asséchées", l'œil s'y fait,
en dépit de nombreuses réserves tout de même...
Pour l'encodage de ce DVD, l'éditeur a opté
pour un bitrate confortable. Du fait de la faible durée
du film, une part substantielle du bitrate a pu être
confiée à l'image et à sa qualité
numérique. Aucun défaut ni artefact ne vient
interrompre le flux des images: une fantaisie de couleurs,
une ribambelle de contrastes (parfois saisissants) et un
festival d'images nettes, pointilleuses et précises,
qu'illuminent les cadres, superbes de Leconte lui-même.
Définition ah-hoc, luminosité parfois irréelle
mais terriblement sublime, présence de l'image sur
tous les plans (courte ou longue focale...) etc etc... Une
section détonante et éminemment réussie,
qui restitue toute la dimension artistique, esthétique
et picturale de l'image, et donne tout son sens au filmage
de Leconte, jusque dans les scènes de nuit. Blu-Ray
ou HD-DVD, il sera difficile de faire franchement mieux.
Un format plus haute-définition fera remonter la
finesse, mais ne proposera certainement pas une image plus
dense ou plus piquée. Sur ce DVD, le format MPEG
II n'est jamais pris à défaut. Une réussite
flamboyante, singulière tout de même (le type
d'images...), mais qui ne manquera pas d'enthousiasmer.
Dommage que le film n'ait pas été tourné
au format IMAX 70mm... mais son contexte de production est
en soi une authentique aventure.
Le son
Une piste DTS 5.1 Plein Débit
pour une bande-son des plus singulières: le film
ne comportant pas de paroles mais reposant essentiellement
sur la suggestivité impressionniste de la partition
enlevée de Perruchon, il fallait nécessairement
tout le talent d'un Didier Lizé pour composer un
paysage sonore musical et traversé de bruitages
diégétiques entièrement post-synchronisés
(originalité). A cet égard, la musique de
Etienne Perruchon occupe tous les canaux, mais avec une
certaine réserve dans l'intégration de la
masse orchestrale: en effet, les premiers instants des
mouvements sont superbes de rendu, fins et déliés,
mais dès que la partition décolle, on perçoit
comme une réserve, un manque de développement
volumétrique et ambiophonique, comme si l'espace
disponible manquait de largeur. En revanche, sur d'autres
passages (chapitres 11, 14, 16...), l'inverse se produit,
et la scène sonore, large sur tout le film, retrouve
une émouvante ampleur symphonique. La réponse
en fréquence s'avère très satisfaisante,
avec quelques basses nettement placées dans le
spectre. Les articulations de la musique ont été
enregistrées dès la captation, puis restituées
avec parfois une finesse hors norme. Les bruitages, ajoutés
bien après le tournage, articulent le paysage sonore
de manière réaliste, et constituent des
charpentes sonores internes qui élèvent
le film et l'ancrent dans la réalité. le
binôme bruitages/musique formant un tout symbiotique
entièrement composé lors du montage, et
donne à lire le film de manière aurale.
En habitant la bande-son de l'intérieur, les bruitages
divers (moteurs, vélos, vent...) tapissent un univers
ample et délié, large et dont la puissance
d'évocation n'empiète jamais sur l'expressivité
symphonique de la musique. Plutôt mats, ces bruitages
constituent un arrière-plan acoustique qui ramène
le film vers sa dimension purement picturale. Jamais bassement
illustratifs, ils orientent finalement les images en leur
conférant un écho impressionniste selon
le principe de la synesthésie, chère à
Baudelaire: "Mode de perception selon lequel, chez
certains individus, des sensations correspondant à
un sens évoquent spontanément des sensations
liées à un autre sens. Le cas le plus fréquent
est la synopsie ou audition colorée." Dogora
repose donc sur cette figure de style, dont la littérarité
se lit dans l'image et dans le son, ou plutôt les
sons. Cette perception simultanée se donne ici
les moyens de ses ambitions: en associant le sens visuel
et les sensations auditives, le cinéaste compose
bien plus qu'il ne dépeint, suscite bien plus qu'il
n'assène, et suggère bien plus qu'il ne
montre. Telle est la dimension théorique et quelque
part le paradoxe de Dogora: en proposant une
impression réelle de la réalité via
des images picturalement parfaites, le film nécessite,
pour aller au bout de son principe de méthode,
la co-présence d'une bande-son elle aussi composée
afin de pouvoir étendre son pouvoir d'évocation,
de prolonger les frontières physique de sa dimension
cinégénique. Les signes (notes de musique),
les signifiants (images, bruitages...) deviennent figures,
puis forment du sens, et élèvent l'apparence
esthétique du film. Au travers de la grammaire
de l'image et du son (combinées en combinatoires
ici), le film évoque et se bâtit en processus
de représentation abymé, multi-dimensionnel,
presque littéraire, et propose une ouverture artistique
sur un univers métaphysique et phénoménologique.
En ce sens, le format DTS oeurve ici à cette extension:
en resserant les espaces sonores libres entre les diffuseurs
et en déployant bien plus l'impact de la scène
arrière, il travaille la bande-son (discrètement
cependant...) en lui offrant une "mise en sensations"
supplémentaire, une syntaxe acoustique plus rigoureuse,
un champ aural plus ample, plus généreux,
ainsi qu'une texture musicale bien plus convaincante,
au service du film, tout comme son délié
musical, plus charnu et très délicat. Les
articulations de l'orchestre (puissantes, puis douces)
tout comme les micro-informations musicales se présentent
de manière plus nette, plus lisse, plus volumineuse,
comme si la dynamique orchestrale générale,
avec toutes ses transitoires et ses variations de flux
harmoniques étaient réévaluées
vers le haut. Le résultat ne manquera à
coup sûr pas de convaincre, avec sa présence
arrière plus étoffée, ses transitions
voies à voies plus amples, ses 'croisillons' sonores
entre l'avant et l'arrière (rapports) rendus avec
davantage de netteté et de tension acoustique...
Les différences entre les deux codages sont fines
mais réelles, le DTS apportant le confort acoustique
d'un aspect sonore plus doux, plus précis, plus
focalisé, soigné et satiné, en phase,
donc, avec la musique de Perruchon. La dimension acoustique
que proposent les chapitres 11, 14 et 16 (avec peu de
masse orchestrale mais des choeurs d'enfants, diaphanes
et limpides sur le plan de l'apparence sonore) est alors
patente et impressionne par sa transparence accrue, stimulant
ainsi un ens par un autre: les êtres peuplant le
Cambodge ne sont pas seulement vus, ils sont perçus
et 'entendus' dans un effort esthétique harmonieux
qui n'est autre que le film lui-même. Le rendu de
la musique, point fort de ce disque, culmine sur les séquences
finales. Seules une ouïe sensible parviendra à
capter l'essence esthétique et le sens artistique
du film de Leconte. Visionner le film autrement qu'en
5.1 multicanal serait un crime, un déni de sa nature.
Le son, jamais bassement contemplatif, y joue en effet
bien plus qu'un simple rôle d'adjuvant: il développe
(et conjugue, via la grammaire filmique propre au cinéma)
toute l'étendue de la conjonction des sensations
invoquées par Leconte. En ouvrant son mode de perception,
la bande-son (surtout, vous l'aurez compris, en DTS) crée
une forme de méditation impressionniste. Plus orientée
vers l'impression suscitée (d'où la création
de cette bande-son après le tournage) que par les
détails eux-même (refus, par Leconte, d'employer
du son direct à la manière d'un reportage),
cette bande-son colorée et bigarrée dispose
de son prope pouls, de ses propres palpitations, que le
mode multicanal permet de mettre à nu, d'amplifier,
d'extérioriser. Une bande-son aussi singulière
sur le plan plastique que l'est le film sur le plan artistique.
L'interactivité
Un court documentaire de 16.44 minutes:
"une émotion Dogorienne", consacrée
à l'enregistrement de la musique à Sofia,
en Bulgarie.
Bande-annonce en DD 2.0 (16/9 et 2.35)
Court diaporama musical (1.30 minutes)
qui expose des photos du tournage.
Excellent commentaire audio du cinéaste
Joint au coffret: un livret de 36 pages:
journal de bord du tournage par Patrice Leconte, paroles
des chansons dogoriennes d'Etienne Perruchon.