Cet album est un véritable feu d'artifice!
Paré comme une arme de guerre, il peut fort bien
être décrit comme un bombardement sonore ininterrompu
durant plus d'une heure, tant les canaux à disposition
fusent et hurlent de toutes parts de l'auditorium. Pour
du rap, ce mixage réalise un sans faute en proposant
une scène sonore d'un dynamisme fou et un qualité
d'enregistrement que l'on aimerait entendre plus souvent.
Déconstruction d'un album clé
pour la musique 5.1: En tout premier lieu, les voix des
divers chanteurs ne sont pas réservés à
la seule enceinte centrale: ils sont 'dispatchés'
aux quatre coins de l'installation avec une sensation d'espace
hors normes. Dès la toute première plage,
aérienne, comme cinématographique, le groupe
et le meixeur brisent les convenances multicanales en proposant
la lecture d'une sorte de poème avec un grondement
sourd et des voix délocalisées sur les enceintes
arrières. La suite est du même acabit, renforcée
par un tremblement de terre de basses fréquences
(du bon 29-40 Hz, assez lourd mais tellement physique et
tellement rap!), qui constitueront, tout au long de l'abum,
un tapis plat et très tendu sur lequel les joutes
verables et autres insultes rimées auront lieu. Le
studio d'enregistrement ne se matérialise pas (comme
c'est le cas sur Riding With the King de Clapton
et B.B. King ou Joshua Judges Ruth de Lyle Lovett).
Une scène sonore virtuelle mais très présente
est crée, à l'image de la bande-son d'un film
de cinéma, qui dispose de son propre pouvoir de persuasion.
Ici, bruits de rue, insectes, orage, sonneries de téléphone...
rythment la partition lors de plages plus panoramiques ou
plus calmes (et il y en a).
Véritable cathédrale de sons
plus divers les uns que les autres, tapisserie animée
et dynamique, cet album se bâtit autour d'une base
construite sur des graves et des infra-graves et s'élève
graduellement d'un point de vue sonore, en atteignant, de
ci de là, des paroxysmes et autres climax acoustiques.
L'énergie dans le bas du spectre est qualifiable
de phénoménale sur la piste DTS 6.1. La plage
2, 'Welcome to the show' s'ouvre sur un "fuck you"
multicanal et continue par une utilisation maximale de tous
les canaux: la notion de stéréo disparaît,
elle est trop restrictive. Toutes les possibilités
de transitions multi-voies (croisillons, effets de voies
à voies, d'avant en arrière, d'arrière
en avant, sur les côtés etc...), en DTS 6.1,
semblent explorées, et quelques exergues soudaines
transpercent cet ensemble d'un dynamisme déjà
exemplaire.
Autre élément majeur: les
plages et les chansons de cet album semblent construites
comme un enchevêtrement de couches: des nappes sonores
qui s'empilent les unes sur les autres puis s'accélèrent.pour
finalement former une gigantesque masse sonore, gigantesque
en taille et en effet. Il est très rare de voir la
pression acoustique produite se ramollir, se disperser ou
s'éteindre. Au contraire, l'activité sur tous
ls canaux est maintenu à plein régime tout
en conservant une assise et une intelligibilité qui
forcent le respect. Et c'est précisément cette
pression qui autorise des créations sonores transperçantes,
comme ces dialogues entre l'avant et l'arrière de
l'auditorium, entre la centrale avant et la centrale arrière.
A cet égard, la piste 4 (Murder Rap) est terrorisante,
avec un degré d'activité et des pointes d'intermodulation
extrêmes: " murder, murder !!!!!" est scandé
de toutes parts et les oreilles ne savent plus réellement
où aller... Les multiples voix des chanteurs ne tiennent
jamais en place et sont ventillées sur toutes les
voies de manière fantomatique et presque... ennivrante.
On ne tarira donc pas d'éloges sur
cet album et sur son mixage inventif et aventureux, maintes
fois récompensé de par le monde. Les champs
sonores (j'emploie le pluriel dans la mesure ou cette bande-son
est singulièrement plurielle et à tous les
niveaux!) se dispersent, se recentrent, s'écartent,
s'interpénètrent avec une agilité et
une qualité tout simplement phénoménale,
que la piste DTS maintient sans en perdre un iota.
Véritable exercice de style, ce travail force l'admiration,
d'où son aspect gadget ou son côté très
démonstratif. Le moindre riff de guitare déclenche
une tornade circulaire qui enserre l'auditeur avec force.
Bref, vous l'aurez compris, il s'agit d'un véritable
exercice démonstratif qui joue énormément
sur l'épate sonore. Notez tout de même la présence
de passages plus calmes où souffle le vent dans cet
ensemble finalement assez atmosphérique et orchestral,
du moins plus que ce à quoi nous nous attendions
D'un point de vue plus technique, les pistes
MLP (5.1) et DTS (6.1 ES) sont sincèrement très
proches. la piste MLP est ici plus fine dans son rendu,
moins 'grasse' et mastoc que la piste DTS, qui décroche
le pompon au niveau des basses fréquences, qui écrasent
sur le champ la piste MLP, qui ne descend pas aussi bas.
Ceci est une caractéristique des disques DTS Entertainment:
la nature perceptuelle du codage DTS lui fait remonter son
niveau de grave. La piste MLP est plus linéaire et
éclaircit le mesage sonore sans l'alourdir. Pour
profiter à fond les ballons du dynamisme de cet album,
les deux pistes son vous combleront, mais le grave si spectaculaire
de la piste DTS déclenchera à coup sûr...
de belles diarhée si l'album est écouté
à fort volume! La piste PCM Stéréo
est extrêmement dynamique mais n'a pas vraiment de
raison d'être à côté des poids
lourds 5.1 et 6.1. Le degré de définition
de la reproduction en 5.1 ou 6.1 est presque sidérant:
chaque son est détouré comme il se doit et
bâtit un ensemble sonore de haute volée aux
médiums généreux, au grave terrassant
et aux aigus perçants à défaut d'être
cristallins.
La plage 8 est un bel exemple d'utilisation
du format 5.1: un coup de fil résonne sur l'enceinte
arrière droite, puis débute un dialogue de
quinze secondes, tandis qu'à l'avant, la chanson
se met en place, puis investit le champ arrière avant
d'intégrer toutes les autres voies, au son du caisson
de graves... Vos enceintes ont le rythme dans les membranes,
votre pied tape tout seul et votre coeur bat la chamade.
Vous avez été terrassé par les Clown
fous, lourdingues et carrément tarés du groupe!
Une pièce de choix, chic et toc
mais très efficace, qui ne alissera personne indifférent
et qui propose une qualité de restitution absolument
bluffante. Ca chante, ça beugle, ça ricanne
et ça jure sur tous les canaux et c'est tout bonnement
incroyable. Un 'Tympan d'Or' mille fois mérité
et une Palme pour l'inventivité, même si, comme
l'auteur de ces lignes, on ne supporte pas forcément
le rap Américain. Mais quel spectacle ! Un hit absolu
pour ce qui est des possibilités de création
du son multicanal, subtil dans sa folie furieuse et sa jouissive
dinguerie. Quoi qu'il en soit, on a rarement entendu u album
aussi tonitruant en multicanal.