

LA MOUCHE (1986)
Edition Prestige
Un film de David Cronenberg
Avec: Jeff Goldblum, Geena Davis, John Gets
Musique: Howard Shore; Bryan Ferry (chanson "Help
Me")
Directeur de la Photographie: Mark Irwin
Oscar 1987 du Meilleur Maquillage (Chris Walas et Stephan
Dupuis).
Seth Brundle est un jeune biologiste
très doué. Après avoir fait ses premières
armes dans une brillante équipe, il se décide
à travailler seul. Il met au point une invention
qui doit révolutionner le monde: la "téléportation"
qui consiste à transporter la matière à
travers l'espace.
Les essais sur un babouin sont peu
convaincants et après des fuites dans la presse,
il décide de se téléporter lui-même.
Seulement il ne s'apercoit pas qu'une mouche fait partie
du voyage.
Une oeuvre monumentale mise en scène avec un sens
inné de l'efficacité et de la pertinence.
Ou comment transformer une histoire anodine et grandguignolesque
en oeuvre magistrale. Parabole sur la source même
de l'identité, réflexion moderne et éclairée
sur la décrépitude de l'être, la
Mouche représente bien plus encore. Le cinéaste
est parvenu à apporter son background de professeur
de philosophie à un projet de mise en scène
qui, en son temps, dépassait l'entendement.
Effets spéciaux anthologiques,
fort justement récompensés, pour des images
parfois encore difficile à supporter (notamment
dans la dernière partie). L'éditeur présente
le film du cinéaste Canadien dans une édition
DVD techniquement irréprochable, et livre un second
disque de suppléments modèle: seul la Twentieth
Century Fox, sur les années d'existence du support
DVD, a su réunir et concentrer des savoirs-faire
réels lors de la conception des suppléments.
Ce second disque se montre donc irréprochable en
terme de conception et d'analyse, avec un documentaire
marathon de 162 minutes (deux heures quarante deux!) qui
révèle tout ce qu'il est possible de savoir
sur le film et sa conception de manière didactique
et passionnée.
Une pièce de choix irremplaçable
dans toute collection de DVD qui se respecte.
Indispensable, et les mots sont dûment pesés.
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L'image
Resplendissantes! C'est le terme qui frappe
l'esprit devant la réussite technique majeure que
représente ce remastering. Les séquences situées
en extérieur jour se montrent ahurissantes de précision
et d'étalonnage, preuve d'une ré-étude
du film (qui date de 1986, tout de même...) avant
sa remasterisation. La définition demeure en permanence
fine et vive, tout comme l'étalonnage, justement
saturé, ainsi que les lumières, délicates
et naturelles. Inutile de tergiverser: il s'agit là
de la meilleure copie du film jamais vue sur support vidéo
domestique. L'élégance stylistique de Cronenberg
explose au grand jour (travelling, déplacements d'appareil),
et les effets spéciaux visuels, dont certains optiques
assistés par ordinateur furent les tout premiers
jamais utilisés au cinéma, se montrent pimpants
et d'une transparence technique totale. Quant aux maquillages
Oscarisés, ils se montrent terrifiants lors des gros
plans et extrêmes gros plans de la dernière
partie du métrage, aidés en cela par une définition
irréprochable et des contrastes tranchés et
nets. La distribution du flux vidéo se voit elle
aussi également gérée avec soin, offrant
au film un bitrate généreux qui affine les
contours jusque dans les scènes sombres et détaille
les diverses échelles de gris avec soin et précision.
Toute la magie de la photographie chimique 35 mm de la fin
des années quatre vingt se voit ici resplendissante,
respectée et restaurée de manière inattendue
et spectaculaire, jusque dans la lisibilité des arrières-plan.
Les multiples gros plans sur l'écran de l'ordinateur,
aux couleurs certes limitées, sont tout bonnement
formidables de précision. Dense, fluide, et très
peu soumise aux défauts et bévues (quelques
minuscules scratchs, mais le grain demeure soit absent soit
entièrement sous contrôle) inhérents
au temps et à la compression MPEG II, l'image DVD
de La Mouche se montre idéale et emporte
toute notre adhésion.
Le son
La bande-son du film n’a elle non
plus pas manqué de nous surprendre. La Mouche
possède en effet son lot de spécificités
: l’équipe technique du film, 100% Canadienne,
travaille avec le cinéaste de longue date, d’où
ce rapport de confiance et ce constat de performance qui
s’impose au regard ainsi qu’à l’ouïe.
La partition du film, qui emploie des clichés synthétiques
des années quatre vingt avec maestria et qui s’empare
du film dès le sublime générique
avec une efficacité hors pair, est signée
par le Torontois Howard Shore, ami intime de Cronenberg.
Voilà donc de quoi créer un travail sonore
qui n’a rien d’une ébauche et qui participe
activement à l’affinage de l’unicité
de toute la dimension formelle du film, jusque dans la
bande-son. Celle-ci se voit aujourd’hui proposée
en multicanaux 5.1 par la Fox, et a été
préservée à l’identique en
terme de texture. Le format 5.1 lui offre des extensions
qui lui faisait défaut en 1986 mais qui étaient
visiblement recherchées. La musique de Shore se
voit présentée de manière large et
stéréophonique, avec une succulente réponse
en fréquence, jamais prise à défaut.
La dynamique générale se montre parfois
stupéfiante et fait remonter des sensations acoustiques
qui finissent par composer un paysage sonore certes ténu
mais palpable et réel lors des séquences
le nécessitant. Le bruit de fond a été
supprimé (piste VO) la majeure partie du temps,
ce qui laisse un terrain libre pour que s’exprime
la réponse en fréquence : claire et agréable
à l’oreille, elle repose sur des médiums
aux sonorités très analogiques d’époque,
mais dispose de peu de basses fréquences (outre
la musique). Le haut du spectre demeure clair et sans
distorsion ouvertement choquante. L’activité
des canaux témoigne d’un remixage intelligent
et ‘adaptif’: les séquences de télépod
emploient l’intégralité des canaux
et creusent un environnement spatial surprenant et notable,
avec une distribution des effets tout à fait correcte
en dépit d’une stéréo arrière
très plate. Le format Dolby Stéréo
matricé d’origine (pas de ‘Spectral
Recording’) s’est vu extrapolé selon
une logique scénique bienvenue. L’impact
de certaines séquences se voit ainsi majoré
de quelques bons décibels. La façade frontale
affiche des dialogues ciselés et nets, mis en avant
avec soin, et qui offrent des valeurs tonales surprenantes,
jamais faibles ou étouffées. Une sonorité
d’époque retravaillée avec en ligne
de mire un souci de préservation des forces vives
d’un sound design (voix de Brundle qui s’altère
dans la dernière partie du métrage) redoutable
et parfois dérangeant. Les bruitages se fondent
en une symphonie organique délétère
(jets de substance corporelle, craquement de peau, éclatement
d’organes et de matière, déglutition,
vomissements…) seulement limitée par une
réponse en fréquence inhérente aux
prises de son de l’époque. Ceux-ci se voient
intégrés dans un paysage sonore qui tend
vers l’acoustique, mais ne propose jamais vraiment
d’ambiophonie réellement prononcée,
exception faite des dernières séquences,
parfois éloquentes en terme d’ouverture du
champ sonore frontal et arrières. Aussi, le format
multicanaux 5.1 doit il être conçu comme
une extension, une re-mise en forme des éléments
sonores actifs et diégétiques conçus
à Toronto en 1986 par Jane Tattersall, David Evans,
Wayne Griffin (mixage) et Terry Burke (foley). Steven
Munro, depuis devenu fort actif et fort célèbre
notamment chez Atom Egoyan, est crédité
comme assistant au montage son.
Les versions Françaises, dont
une présentée en DTS 5.1, présentent
en revanche un lot de négligences et de déception…
D’une part, la piste Dolby Digital ne se voit présentée
que sous 384 Kbps, ce qui occasionne une perte de la réponse
en fréquence dans le haut du spectre inhérente
au codage Dolby Digital. Si les dialogues remontent et
gagnent en volume et en présence (doublage oblige)
et que la scène frontale semble parfois s’élargir
et gagner en naturel, la stéréo arrière
se voit écrasée et anéantie, comme
annulée ou disqualifiée… occasionnant
au passage un rétrécissement du paysage
sonore là où la VO le préserve et
le maintient en vie. Nette remontée du bruit de
fond également, ainsi que présence de défauts
et drops audio issus du master de la version Française,
objectivement en moins bonne forme que la VO. Le souffle
présent à l’arrière-plan est
quasi permanent et présent sur tous les canaux.
La dynamique se montre parfois éteinte ou fortement
minorée, surtout lorsque comparée à
la vivacité de la VO, rendant souvent inactifs
l’essentiel des efforts d'ouverture et de transparence,
de propreté audio réalisés lors de
la remasterisation. La bande-son n’en demeure pas
moins tout à fait agréable et pertinente
(générique d’ouverture), mais perd
en texture lors des séquences les plus spectaculaires
(télépod), faisant même disparaître
certains bruitages ou affaiblissant de manière
ouverte et patente certaines figures de style de mixage.
Les VF disposent, enfin, de qualités tonales différentes
de la VO, elle davantage tablée sur la zone médium
et son ouverture fréquentielle et acoustique. Signalons
l’inutilité malheureuse du format DTS, qui
duplique à l’identique les qualités
et les défauts de la piste DoIby Digital 5.1 VF,
en suggérant une légère pointe physiologique
de plus sur le bas du spectre. La fluidité et l’expressivité
du remixage n’est plus à prouver (du moins
en VO), même si l’ouverture ambiophonique
et les capacités de mobilité sonore du format
5+1 n’ont pas été explorés,
mais l’on reste fermement dubitatif devant les qualités
en retrait des versions Françaises. La bande-son,
restaurée et remixée, demeure franchement
convaincante en VO, nettement plus que d'autres remixages
de films pourtant plus jeunes que La Mouche.
Interactivité
A noter: une navigation dans les menus
et les diverses options d'affichage parfois complexe car
ambitieuse et foisonnante.
Le Commentaire audio de David Cronenberg (sous-titré
en Français, disque un), détaillé
à l'extrême, calme et mesuré, et
qui se montre indispensable.
Le Making Of (146 min): pièce de choix
du disque deux, demeure sans doutes l'un des meilleurs
documentaire vus sur DVD. Si la mise en scène
se montre totalement plate (interviews sur fond noir...)
et la première partie longue et répétitive
(des interviews, interviews...), la suite l'est nettement
moins, avec des photos de tournage inédites et
d'une belle qualité, des révélations
souvent surprenantes (le metteur en scène originellement
pressenti ne cesse de croiser Cronenberg de par le monde,
et par le plus grand des hasards)... Effets spéciaux,
essais, anecdotes, mécaniques des modèles,
construction, scènes de tournage... M-a-g-n-i-f-i-q-u-e!
Disponible en deux versions: normale (120 minutes) et
étendue (146 minutes) via le seamless branching.
Le documentaire : "Le Brundle Museum d’histoire
naturelle". Chris Walas, créateur des
effets spéciaux et maquillages, et par ailleurs
réalisateur du second volet, la Mouche II,
revient sur le passé et décortique les
secrets de fabrication des créatures auprès
d'un collectionneur avisé.
Les scènes coupées: La célèbre
séquence du singe-chat a été intégrée
ici, ainsi que des extraits de scripts etc...
Les scènes supplémentaires
La fin alternative: l'enfant papillon, célèbre
également dans les milieux cinéphiles.
Les bandes-annonces: permettent de se replonger
en 1986 et d'admirer le splendide travail réalisé
sur ces divers trailers, tous des petits chef d'oeuvres
d'efficacité.
La galerie promotionnelle avec le kit de presse
électronique (1986, 6:58 minutes) et un documentaire
d'une dizaine de minutes sur Cronenberg. Présence
également d'une galerie de posters complètes.
Documents écrits (Anglais uniquement):
section fascinante, qui présente l'intégralité,
en écran fixe, de la nouvelle de George Langellaan,
le scénario original lui aussi intégral
(!), la réécriture de Cronenberg (intégrale
aussi), et deux articles de magazine interactifs (American
Cinematographer et CineFEX) scannés avec soin
et présentés de manière totalement
interactive et innovante. Une richesse foisonnante puisque
ce sont trois livres de plusieurs centaines de pages
qui sont présentés ici.
Galeries de photos: superbe galerie, présentée
ne 16/9, et organisée comme suit: Publicité,
en coulisse, concept art, effets. Complètes et
complètement inédites, avec un très
grande qualité d'image.
Essais: cinq essais image issus des négatifs
d'origine, et qui montrent l'évolution stylistique
du générique d'ouverture, de certains
effets spéciaux etc...
Bonus caché
Une interactivité exemplaire et modèle,
d'une richesse ahurissante (images et sons), pour une
édition réellement prestige à posséder
à tout prix.
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