Outre la déception provenant du
recadrage ou plutôt de la réadaptation du format
CinémaScope 2.35 en 1.85 (remplissant donc l'intégralité
du cadre en 16/9), l'image délivrée se montre
performante sur le plan de la fluidité mis accuse
un grain parfois gênant et un réétalonnage
de la gamme colorimétrique qui semble forcé
et souvent exagéré. Si nous ne comprendrons
toujours pas pourquoi l'éditeur a choisi de convertir
le 2.35 en 1.85, nous apprécierons en revanche le
reste du travail effectué, qui propose une définition
tout à fait convaincante et une gestion des contrastes
certes fluctuante mais toujours consistante et droite. Aucun
soucis de compression n'est à déplorer, et
l'image possède une touche d'élégance
tout droit sortie de l'univers cinématographique
du cinéaste qui distille un grand nombre de détails,
doublé d'un sens inné du cadre (malheureusement
gâché par le recadrage). Les lumières
demeurent vives et finement étudiées, ainsi
que l'échelle de gris dans les scènes plus
intimistes ou lors des spectaculaires changements de décors
(soleil, désert, brume...). Outre un manque de piqué
parfois flagrant, nous demeurons convaincus... mais de peu.
L'effet de zoom dans le cadre que propose l'éditeur
demeure tout de même propre, le film ayant été
tourné en Super 35mm, ce qui donne, même si
cela demeure inexcusable, un effet de 'propreté'
à ce recadrage inqualifiable.
Le son
Pour notre plus grand plaisir, et celui
du film, l'éditeur propose le film de Niccol en DTS
ES 6.1 Discrete. Il s'agit donc d'un authentique et patenté
mixage sur 7 canaux discrets (distincts), loin de bidouillages
ridicules (dixit certains mixeurs que nous connaissons)
que nous infligent les éditeurs avec du DTS ES Matricé
ou Dolby Digital EX officieux appliqué sur n'importe
quel mixage. Néanmoins, ici, le potentiel expressif
et acoustique du format 6.1 ne sera jamais à son
avantage, le mixage le délaissant de manière
spectaculaire et outrancière... Si certains passages
l'emploient avec une réelle efficacité sonore
(générique, séquences agitées),
le niveau sonore délivré par ce canal central
arrière relève tout de même de l'anecdotique
et de l'éphémère. Ce canal s'active
de manière sporadique et transparente, et affine
le descriptif de la scène arrière de manière
légère et finalement peu approfondie. Pire:
certains passages seront bien plus convaincants en Dolby
Digital EX, format matricé qui a tendance à
en "sortir" un peu trop, preuve que la gestion
indépendante et manuelle du canal central arrière
ES n'a pas été optimisée en continu...
De toutes façons, le film n'a jamais bénéficié
d'un tel procédé lors de son exploitation
cinéma, et qu'on le veuille ou non, le mixage proposé
ici demeure du réel 5.1. D'un point de vue artistique,
le mixage de Lord of War déçoit et enthousiasme
au même moment, et se place, comme le film, au cœur
d'une double nature. D'une part, il propose une gestion
du canal central d'une remarquable finesse, et d'une dynamique
à toute épreuve. Les voix des personnages
sont délivrées avec un impact et un coffre
que l'on entend rarement dans les productions Américaines,
au point de bénéficier d'une réelle
mise en scène, d'une dramaturgie acoustique qui transcende
le poids, narratif et dramatique donc, des dialogues, toujours
finement écrits et qui dispensent certaines vérités
avec une réelle bonhomie. La répons en fréquence
se montre très libre et révèle une
belle profondeur de signal, que l'on retrouve dans la gestion
et la distribution des informations sonores sur l'ensemble
des canaux. Qu'il s'agisse de la stéréo frontale
(très ouverte et panoramique) ou des rapports inter-voies,
les masses sonores disposent d'une fluidité à
toute épreuve qui élargit spontanément
la largeur de la scène sonore, et décuple
au passage l'impact acoustique de la scène acoustique.
Parler de paysage sonore demeurera néanmoins un peu
usurpé, dans la mesure où l'essentiel du film
demeure ancré dans la scène frontale, le reste
des voies restant aphone ou inexpressif. Il conviendra d'attendre
des séquences plus agitées pour que se libère
le potentiel artistique de la bande-son (fin du générique,
avion, scènes de guérilla) de manière
quasi-éjaculatoire et violente. La musique, personnage-vecteur
essentiel de l'émotion du film, bénéficie
d'une mise en scène juste et droite, propre dans
sa réponse en fréquence (perception immédiate,
qualité des timbres et du rendu musical des chansons
qui émaillent le film), mais ne déborde guère
de la stéréo avant. Lors d'activité
plus intense, l'intégralité des canaux œuvre
à élargir la perception de la scène
sonore de manière réaliste et patente (explosion),
le mixage reposant sur une valeur de dynamique par moments
détonante et succulente de force contrôlée.
Au final, on ne pourra qu'évoquer la relative timidité
de certains passages qui se contentent de dissiper de minuscules
bruitages d'armes sur une enceinte arrière, tandis
que la version downmixée Dolby Surround de la piste
Dolby Digital 5.1 EX surprend car elle propose une ouverture
nettement plus prononcée... Outre l'impact de ses
dialogues, la propreté de sa réponse en fréquence
et son emploi parfois intelligent du canal central arrière,
le mixage de Lord of War demeure finalement assez circonstancié,
en raison d'un 'sound design' timoré (visiblement
voulu par le cinéaste, sauf sur les armes, qui possèdent
un poids et une virulence terrassant) et d'une volonté
de réserve certaine.
Le format DTS n'offre du reste que bien
peu de substance et ne propose pas réellement d'amélioration
ou du moins de finesse supplémentaire. Si la bande-son
paraît plus large en terme de fréquence et
de pistage du master, elle ne gagne jamais en spatialisation,
même en ES Discrete, et ne dissipe aucunement un supplément
d'âme acoustique au travail réalisé
sur le son. Les canaux possèdent le même impact
et rayonnent avec la même clarté dans les deux
formats concurrents. Les dialogues récupèrent
une once de profondeur et de grave en DTS ES, mais force
est de constater que les différences en demeurent
de l'ordre de l'anecdotique. Légèrement plus
massive et détourée avec peut-être davantage
de clairvoyance acoustique, la bande-son gagne évidemment
à être entendue en DTS ES, mais l'avancer comme
un argument de poids inattaquable serait pure spéculation
psychologique.
L'interactivité
Making of (20 minutes), ou plutôt
featurette assez peu intéressante, mais qui a toutefois
le mérite de pulluler d'images de tournage. Certains
détails révélés sur le tournage
ont néanmoins de quoi donner froid dans le dos...
Commentaires audio du réalisateur: pertinent
et sincère.
Scènes supprimées
Documentaire sur la vente internationale d'armes
(17 minutes)
Bandes-annonces (aucune de Lord
of War...) en Dolby Digital 2.0 et 4/3.