Un album littéralement délicieux,
brillant et très imagé d'un point de vue sonore
ou plutôt acoustique. Car en effet, c’est bel
et bien d’architecture sonore dont il est question
ici, construite par une voix délectable, suave elle
aussi, comme satinée. Love Scenes est construit sur
des airs Américains très connus. Le rythme
et le tempo sont lents, mais très rythmés,
et la voix de la chanteuse traverse l’espace davantage
qu’elle ne le remplit. Comment mettre en scène
une formation réduite (chanteuse, et deux ou trois
musiciens tout au plus, avec piano et basse) dans un espace
sonore que l’on devine être une grande salle
vide ? De la manière la plus naturelle : en captant
les échos et les réverbérations du
lieu alors envahi par la voix de la chanteuse et les accords
très précis de la formation. S’il fallait
résumer l’effet produit, nous pourrions fort
bien parler d’intimité spatiale.
Découvrir Love Scenes en multicanal
revient à re-imager et finalement à reconstituer
ce qui a été : quelques instants musicaux
éclatants, chauds, tempéré, précis
et presque fantomatiques. Sur I don’t Stand a
Ghost of a Chance, la voix de Diana Krall prend possession
de l’espace et les musiciens sont parfaitement détachés
et en phase avec son phrasé verbal. Calme, serein,
cet album respire la musicalité exacerbée.
La bande-son DTS joue son rôle de captation de l’espace
acoustique, et mérite bel et bien cette dénomination
plus noble, substitut du plus terre à terre ‘piste
son’. Chaque émanation qu’elle soit musicale
ou vocale pénètre l’enregistrement,
et nourrit le lieu. Il était donc important de conserver
cette assise des sons qui se définit avant tout par
la brillance et l’intégrité sonore des
instruments, puis par le pouvoir de recouvrement de la voix
de la chanteuse.
On louera donc les vertus audiophiles
de cet enregistrement qui s’applique à recréer
plutôt qu’à créer un climat. La
véracité des timbres n’est jamais prise
à défaut, et la clarté des phrases
sonores est très mise en avant dans ce CD DTS. Aucune
limitation de la réponse en fréquence n’est
à noter. Celle-ci est douce et ‘timbrée’
: les lignes de basses sont claires et réelles, jamais
hypertrophiées, et la précision de la voix
de Diana Krall a été enregistrée avec
soin et respect. Les valeurs dynamiques restent très
surprenantes finalement pour un album très chanté,
en mettant en forme de manière naturelle les variations
de souffle ou les nuances d’orchestrations. Les paroles
coulent à flot, avec une touche satinée et
une finition presque laquée. Le caractère
de la bande-son est plutôt chaud et aéré,
vivant en somme. L’écoute multicanal ne spectacularise
pas l’album mais lui redonne un gonflement et une
tessiture absents de l’écoute stéréophonique
principalement en aérant l’espace et en jouant
sur toutes les réfractions. Un phénomène
d’écho se matérialise la plupart du
temps. Il pourrait fort bien gêner au début,
mais l’auditeur s’y habitue aussi bien vite.
Il redonne en ce sens un souffle vital à une partition
et à des paroles qui du coup gagnent en immédiateté
et en émotion psycho-acoustique.
La fidélité est parfaite
: les instrument sonnent vrais avec leur propre couleur
sonore. Ils occupent surtout l’espace de manière
parfaitement holographique et mobilisent l’attention
auditive d’une bien divine manière. Clair,
chaud, et très suave, cet enregistrement fait montre
d’une belle intégrité et constitue par
la même un petit modèle d’efficacité
quant à la captation, l’enregistrement et l’encodage
multicanal d’une petite formation de jazz. Le codage
DTS se montre très HiFiste et ne semble jamais pris
à défaut. Au contraire, il harmonise le phrasé
vocal et maintient intact toutes les nuances des couches
sonores, en restituant jusqu’à l’air
de la salle d’enregistrement, nid de micro-informations
musicales, qui ne disparaissent donc pas lors de la compression.
Une harmonieuse Fidélité multicanale ! Attention:
on y succombe bien vite...