Le Son
Ce
produit d'un type tout nouveau est en soi une authentique
bénédiction: quel plaisir en effet de découvrir
l'intégralité d'une bande-originale particulièrement
inspirée en DTS 5.1, et ce durant plus de deux bonnes
heures. Plaisir également multiplié par deux
lorsque l'on sait que le créateur, BT (qui a déjà
oeuvré sur divers projets plus légers, comme
le score de Fast and Furious ou encore Driven
et Zoolander, Go, the Jackal ou Mortal
Kombat ) a entièrement supervisé la partition
et le mixge dans son studio personnel, dans le confort de
son domicile. Celui-ci explique sa démarche artistique
et précise en insistant presque lourdement que sa bande-son
a été entièrement conçue en multicanal
5.1 dès la genèse. Et les résultats d'écoute
sont absolument parfaits, conformes en tous points à
ce que l'on attend de ce 'produit', à ce que l'on imaginait
entendre et expérimenter.
Durant
deux heures très denses et en même temps extrêmement
variées, BT nous innonde de sons et déverse
d'intenses nappes d'harmonies acoustiquement organiques et
musicalement déliées. Des plages comme "Childhood
Montage", le générique du film, disposent
d'une scène sonore d'une extraordinaire créativité,
profondément ancrée dans le grave et particulièrement
ouverte sur toutes les voies. Le clavier décolle littéralement,
et les harmoniques s'installent dans un bain acoustique total,
qui grimpe crescendo de manière expansive et musicalement
très convaincante. Les sonorités synthétiques
déboulent avec une maestria sans cesse renouvellée
tandis que la pièce d'écoute se tapisse de nappes
sonores d'une grande variété et dont les pouvoirs
d'élongation marquent l'esprit. La moindre fausse note
au niveau du matériel d'écoute peut vite faire
retomber la mayonnaise tant la cohérence acoustique
se veut totale: le caisson pénètre l'ensemble
de manière holographique et complète les vides
sonores de manière très pregnante. Les voies
surround sont exceptionellement ouvertes et distillent des
sensations d'ambiances éthérées aux parfums
doux et suaves.
La
dynamique est exemplaire et parvient à soulever des
montagnes sonores, infra-graves à l'appui, tant elle
dispose de potentialités à explorer. Lors des
accélérations rythmiques et autres instants
(violents ou euphoriques), celle-ci grimpe de cinq bons crans,
faisant encaisser à l'auditeur un champ sonore venu
de toutes part et glissant dans toutes les directions. De
vraies lignes de fuite sonores se détachent alors clairement.
Les masses sonores coulissent, glissent, s'enchevetrent et
se chevauchent avec un sens de l'espace absolument divin.
En outre, l'intégrité sonore de cette bande-son
est à ce point surprenante qu'elle finit par imposer
un état de radicalité sonore, qui en dit plus
sur son auteur que dix mille interviews insipides.
L'étendue
et la linéarité de la réponse en fréquence
force le respect, et ce sur toutes les voies de l'installation:
la musique de BT vit et respire à sa façon sur
5.1 canaux réels. Des sons 'tonals' sont de temps à
autres ventillés sur les arrières (bus, voitures,
etc...). Ils participent l'effort musical en insufflant une
dose supplémentaire d'originalité. L'équilibre
spectral est complet tout comme le degré d'intelligibilité
et les capacités dynamiques. La définition sonore
laisse pantois et aucune fatigue auditive ne vient perturber
l'écoute, en dépit de cette myriade d'événements
sonores qui hantent l'intégralité de cette bande-son.
L'enveloppement acoustique suggéré par cette
piste DTS emporte immédiatement l'adhésion.
Aucun
défaut à signaler, vous l'aurez compris. Sur
les plages clé de cette bande-son (comme le générique,
'bus stop'...), c'est toute l'esthétique d'un sentiment
musical qui se construit à mesure que la scène
sonore se délocalise sur les voies arrières,
jusqu'à finalement activer l'intégralité
des canaux. La mobilité des sons est harmonieuse et
précise, et sur 'Bus Stop' (plage 6), la scène
sonore est maximale, tout comme sur 'Ferris Wheel' et 'courtroom',
où les basses sont également présentes
sur les voies arrières, et où la rythmique s'empare
de l'espace avec un sens de l'à propos et de la justesse
qui a de quoi vous laisser sur le carreau.
D'un
point de vue plus technique, le rapport signa/bruit est formidable
et se joue de la dynamique parfois exemplaire de cet album.
La musique et rien d'autre. On reste abassourdi devant un
telle maîtrise et un tel résultat et l'on savoure
chaque plage différemment puisque chacune d'elles définit
sa propre scène sonore, sa propre logique spatiale,
sa propre acoustique. Sa propre intégrité sonore.
Vous l'aurez compris, la qualité sonore et acoustique
de cette très belle musique de film n'est jamais prise
en défaut. Nous vous recommandons plsu que chaudement
l'expérience, dès qu'il sera disponible, courant
été 2004. Sa très large gamme émotionelle
évolue de l'intimité (minimaliste) aux épanchements,
en passant par la sauvagerie. Toutes ces gammes d'émotion
sont représentées à la perfection par
une scène sonore 5.1 des plus épatantes. Découvrir
cette bande-son en multicanal revient aussi à mettre
en scène et à 'représenter' les émotions
larvées au coeur des figures sonores que propose BT.
Percussins,
synthé, guitares et piano occupent le devant de la
scène multicanale et transpercent des nappes sonores
parfaitement claires et détachées les unes des
autres. La nature perceptuelle du format DTS autorise même
une extension de la réponse en fréquence vers
le grave (légèrement boosté?). La musique
de Monster a connu une évolution organique complexe
et très progressive. Le design sonore des plus surprenants
(emploi de la ville à roue, un instrument du quinzième
siècle) et la forme 'surround' de l'ensemble, plutôt
rare pour une bande-originale, place l'auditeur dans une situation
très privilégiée en le disposant dans
l'esprit de la tueuse, qui ne cesse pourtant de clamer son
innocence. Ces éclairs de synthé ou ces pièces
de guitares acoustiques sont autant de fragments de son âme,
nuancés et brisés.
Travailler
en multicanal revient à extirper l'essence d'un sentiment,
et permet de remonter aux sources, aux points d'origine. Cette
écoute est tour à tour nécessaire et
essentielle et permet, via le son 5.1, de se rapprocher davantage
de l'émotion première du film, de reconstituer
son système artistique, de remettre en scène
ses formes.
Quelle
idée formidable, sortir une bande-originale en multicanal!
On espère vivement que l'expérience se renouvellera
aussi souvent que possible car présenté dans
un tel écrin, la satisfaction est totale, et le désir
d'en dévorer d'autres ne cesse de grandire...
Des
notes maximales entièrement justifiées, comme
vous le remarquerez. Jusque dans les suppléments, également
présentés en DTS (idem pour l'interview, une
première!), la qualité sonore ne tarit pas d'éloges
et propose une expérience placée sous le signe
de la qualité. La piste PCM non compressée est
également très bonne. En la décodant
en Dolby Surround par l'ampli, on découvre un résultat
très convaincant la plupart du temps. Cependant, la
piste DTS excelle dans son placement architectural des sons
très évolué et dans sa dynamique échevellée,
tout comme dans son pouvoir de recouvrement spatial, sans
commune mesure. Ce DVD-Vidéo est en soi l'un des plus
belles surprises de l'année. A découvrir sans
plus tarder !
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