Nous étions très curieux
de découvrir le résultat de ce mixage réalisé
par un connaisseur du groupe qui a en tête des caractéristiques
sonores tout droit sorties des années 80 (avec saturation
etc... ce n'est pas du Heavy Metal pour rien!). Quoi qu’on
en pense, le résultat est convaincant : pour un album
de Metal, il était nous semble t-il nécessaire
et requis de conserver la violence du son originel
tout en lui accordant une authentique dimension spatiale
caractéristique du mutlicanal histoire de faire ressurgir
des émotions féroces de la mémoire
auditive des auditeurs. Le son des années 80 est
maintenu en terme de texture et la nouveauté provient
de l’adjonction de données spatiales : chaque
voie dispose d’une pleine intégrité
pour s’exprimer et faire rugir les décibels.
Les enceintes sont mise à contribution avec fermeté
et sauvagerie (oui oui !) et le mixage ne contrarie pas
les données originelles. Il ouvre très correctement
l’espace en délocalisant des riffs de guitares
sur l’arrière avec quelques effets panoramiques
et insiste sur la présence virtuelle de la batterie
en éclatant ses effets sur les trois enceintes frontales.
Les plages les plus Heavy Metal sont d’une très
belle puissance et ne glissent jamais vraiment dans le brouhaha.
On regrettera juste un manque de discernement acoustique
peut-être dans le mixage de chansons comme ‘I
Ain't Superstitious’ où l’espace sonore
n’est finalement que guère utilisé et
demeure assez plat voire neutre en terme de réponse.
En revanche, les plages plus calmes sont un délice
à écouter : amorces très éclatées
d’un point de vue spatial, puis développement
environnemental très convaincant avec une belle présence
de tous les instruments un peu partout dans l’auditorium.
La fidélité est tout à
fait correcte, avec toutefois quelques limitations perceptibles
mais qui ne dénaturent ou n’écrêtent
pas le rendu sonore (très important). La restauration
des éléments sources a été bien
réalisée et ne produit pas de résultat
gênant. En faisant grimper les décibels, la
dynamique dont est capable le son numérique multicanal
explose aux oreilles, tout en conservant (c’est une
bien belle caractéristique que je me permets de mentionner)
une palpable douceur qui ne glisse jamais vers un brouhaha
bordélique.
La scène multicanale rayonne de
part en part de l’auditorium d’écoute
et propose de ci de là de belles opportunités
surround : panoramiques, renforcement arrières, écho,
où les notes traversent l’espace avec une certaine
furie et un véritable bonheur pour les fans du groupe
qui redécouvrent cet album avec une fidélité
restituée et une mise en scène sonore nouvelle
mais fidèle au son originel. L’écoute
de Peace Sells But Who’s buying? en 5.1 n’est
jamais artificielle. Les tonalités métal écorchées
des artistes sont maintenus et dispatchés dans l’espace
sonore avec un tact certain, qui démontre qu’une
belle lecture spatiale a été réalisée
lors du remastering par le mixeur qui savait vraisemblablement
où se diriger. C’est donc cette réussite
qu’on évoquera en priorité, car elle
choisit des principes de qualité et de fidélité
au détriment d’arabesques sonores trop ‘gadget’.
Aussi surprenant que cela puisse paraître,
les sonorités présentées ici possèdent
un touche de classicisme qui assurent le sérieux
du travail réalisé sur l’architecture
sonore. Le mixeur et le groupe s’en expliquent d’ailleurs
sur le documentaire de 10 min présenté dans
les suppléments. L’album présente les
caractéristiques communes aux DVD-Audio édités
par DTS Entertainment: la pite DTS (ici présentée
en DTS 96/24) rivalise de très près (vraiment
très près d’ailleurs) avec la piste
MLP 5.1. Son caractère perceptuel (des filtres audio
psycho acoustiques sont appliquées) fait d’ailleurs
remonter le niveau des graves ce qui, pour un album Heavy
Metal, n’est finalement pas plus mal. La piste MLP,
si elle sculpte un peu mieux l’espace sur les plages
calmes en s’étalant et se ventilant avec plus
de tact acoustique, paraît en comparaison plus ténue
sur le plan du grave et plus ‘courte’ lorsqu’il
s’agit des basses fréquences que la piste DTS.
Le rendu sonore en MLP est quasiment comparable à
celui de la piste DTS, même au niveau de la réponse
en fréquence. Dans les deux cas, l’espace sonore
se construit avec assise et fermeté, violence et
furie, et les nappes sonores ouvrent l’auditorium
avec une excellente clarté. Ce sera ici la piste
MLP qui aura notre préférence, même
si la piste DTS propose des bases fréquences davantage
mise en avant, dans la mesure ou les micro détails
musicaux et spatiaux bénéficient d’un
pouvoir de recouvrement un tantinet plus convaincant (piste
MP 5.1). La version Stéréo PCM est juste correcte,
mais propose tout de même une qualité sonore
accrue par rapport au CD Stéréo du commerce.
Un résultat fracassant quoiqu'un
peu terne parfois sur le plan de la réponse en fréquence.
Un petit exercice de style paré d'une belle volonté
d'aller de l'avant, pour un résultat au son lisse
et relativement doux, qui éclate le son plus qu'il
ne le distribue sur tous les canaux de l'installation. Certaines
plages sont réellement jouissives car mixées
différemment. Elles sortent d'ailleurs l'album d'un
classicisme certain pour ce qui est de la performance réalisée
lors du mixage. Mais la dynamique et la fidélité
ne sont que très rarement prise à défaut,
et c'est là bien l'essentiel!