Commençons par un regret nullement
dirigé à l'encontre de cet album: si seulement
les bandes-sons de nos films favoris pouvaient avoir la
même subtilité de timbre, la même plénitude
acoustique... L'écoute de cet album venu d'ailleurs
et complètement inconnu dans nos contrées
procure une sensation d'apaisement, de douceur et de perfection
peu communes tant ses mélopées ont été
enregistrées et mixée par des doigts qui ne
peuvent qu'appartenir à des fées. Together
We're Heavy ne suscitera pas le rejet, mais oeuvrera
chez vous à ouvrir votre salle d'écoute de
manière spectaculaire car rares sont les fois où
la notion de performances d'ensemble a joué un rôle
aussi identitaire dans la définition d'un groupe
de musicien. Ferment de l'harmonie et garant de la cohésion,
l'intégralité du groupe s'offre ici à
l'écoute, et ce mixage multicanal ne minimise jamais,
à aucun moment, un "corps" au profit d'un
autre. Tous sont des fédérateur acoustiques
et bâtissent un véritable temple sonore particulièrement
étagé et évocateur. Impossible en effet
de parler de son choral tant le groupe se refuse aux identifications
faciles: cela reviendrait à réduire la dimension
et les potentialités de cette formation collectivement
réussie. D'apparence choral, il repose aussi sur
des trompettes, de la harpe, des pianons, du cor etc etc...
La dernière plage de l'album procure une sensation
d'harmonie multicanale innée, immédiatement
acquise, tout comme le reste de cette production des plus
parfumées.
Le mixage, réalisé dans des
conditions luxueuses, met en avant une superbe qualité
des matériaux source qui, associés à
de délicates figures de style en 5.1, procurent un
plaisir d'écoute profondément audiophile,
dominé par la fluidité sans faille du haut
du spectre audible, et des médiums enchantés
lorsque le choeur se manifeste. Manifestation est d'ailleurs
le terme clé. Les choeurs ne sont pas simplement
incrustés dans la chair de la musique. Ils la font
exister et matérialisent une aura puissamment rayonnate
en régime multicanal. Les deux douzaines de chanteurs
présents n'alourdissent jamais la scène sonore,
mais participent à sa solidification, à son
essor. La plage 3 par exemple est en soi une représentation
parfaite de l'équilibre des timbres et des chants,
de placement des instruments sur une large scène
holographique qui semble s'étirer vers un infini
acoustique. Rares sont les albums où s'étagent
si bien ses nappes sonores: chacune d'elles est clairement
identifiable parmi les autres, et toutes s'imbriquent dans
un tissu sonore des plus nourris, des plus polyvalents aussi
puisqu'il ne cesse de changer de forme sonique, de s'incarner
de manière différente. Par ailleurs, la définition,
autre pierre de l'édifice multicanal, (puisqu'il
n'y a pas que "l'éclatement" sur six canaux
qui met en avant l'avantage du son multicanal) est absolument
pimpante de précision et d'éclat.
Cohérence et cohésion dominent
un environnement sonore de tout premier ordre: la prise
de son a bénéficié de soins détaillés
et permet d'assoir la dynamique de chaque instrument et
de chaque phrase chantée sur une scène sonore
très large, très réelle et palpable.
La trompette sur cette même plage 3 se matérialise
hors de la sphère d'écoute d'ordiniare décelable,
vers une zone audio éthérée, sur la
bande droite de votre auditorium, à mi-parcours entre
la frontale droite et la surround droite. Notez à
quel point son pouvoir d'évocation a été
relevé et avec quelle facilité le son transperce
l'espace de représentation. Sa finesse est cristalline
et sa gamme dynamique ne cesse de la rapprocher de la réalité
au point d'en dire long, finalement, sur le micrphone ayant
servi à la prise de son en studio.
La dimension orale et chorale n'est à
aucun moment prise en défaut. La prise de son optimisée
de la masse, du coeur du groupe réalise des merveilles
de transparence et de 'granulation', élément
primordial lors dela prise de son de voix naturelles. Le
naturel confondant de cette prise de son et du mixage 5.1
présenté ici sont tout bonnement foudroyants
de qualité et renversants de profondeur. Le groupe
existant de manière large et cossue (24 personnes
obligent, plus les instruments), on aurait pu s'attendre
à une disposition trop dense lors du mixage, du fait
du nombre élevé d'intervenants.Or, il n'en
est rien: le son est clair comme du cristal, et l'espace
même dans lequel a été réalisée
la prise de son (celui du studio) est presque identifiable
devant soi. Le son multicanal ne se contente pas de fidéliser
la bande-son ou de proposer des arabesques sonores sur six
enceintes: il parvient aussi à capter l'espace physique
nécessaire pour qu'une telle formation fonctionne.
le groupe possède ainsi un poids acoustique indéniable,
que l'on retrouve, au coeur même des médiums,
dans cet enregistrement décidément spectaculaire.
L'équilibre des voix sur les surrounds et leur modede
rayonnement spatial, autour de l'auditeur, est lui aussi
parfait de maîtrise, la scène sonore s'activant
de manière toujours très large et optimale,
rendant justice à la captation studio. Une superbe
mise en scène sonore.
La piste MLP 5.1, non compressée
(ou dumoins très peu), restitue toute la finesse
de l'album avec dynamique et persuasion, tandis que la piste
DTS 5.1 se veut légèrement plus lourde, plus
cossue en basses fréquences, comme c'est d'ordinaire
le cas avec les éditions de DTS Entertainment. Les
matières et les textures multicanales ne reposent
pas seulement sur le seul fait de l'enveloppement, mais
sur la notion d'espace, de matière, de corps. Impossible,
en DTS ou en MLP 5.1, de ne pas se retrouver projetté
au coeur, à l'essence même du son du groupe.
Le mixage multicanal réalisé par Frank Filipetti
permet une identification à la musique. Ce dernier
fonctionne de l'avant à l'arrière avec une
même cohérence, idéal donc, pour tester
la cohésion de ses enceintes. La scène arrière
se déploie davantage qu'elle ne s'étale, et
prolonge la clarté de l'avant avec un sens confondant
de l'efficacité musicale. A l'arrière toujours,
le degré de qualité de reproduction de chaque
instrument/musicien est tout bonnement à couper le
souffle. Lorsqu'interviennent des phases plus instrumentalisées,
toute la scène sonore brille d'une épatante
stabilité, d'une solidité et d'une cohérence
à toute épreuve. La localisation des sources
sonores virtuelles se voit facilité, ce qui a pour
effet immédiat de multiplier la puissance d'évocation
et le pouvoir de recouvrement spatial de la scène
sonore. Définition sonore et capacités dynamiques
sont plutôt massives et le degré d'intelligibilité
se veut très poussé. La sensation de réalisme,
de même que celle du timbre juste sont à observer
en permanence, notamment lorsque débutent certaines
plages dans les surround, en stéréophonie,
et où même une basse possède du corps
et du poids, indéniablement. En outre, la localisation
spatiale est toujours grandement facilitée, ce qui
permet d'imaginer la scène sonore virtuelle avec
une plus grande aisance, en sublimant l'écoute au
passage.
Et l'écoute est toujours très
dynamique, sans suggérer de la fatigue auditive.
Les formes acoustiques se renouvellent au gré des
plages, et certaines touchent à une délicatesse
veloutée. Les instruments et les voix sont tellement
bien détachés les uns des autres que l'écoute
de Together We're heavy procure une sensation d'espace
et de volume difficilement qualifiable. Le mixage se voit
parfaitement adapté aux sons et à la musique
de cette formation musicale, et il recelle de trouvaille
sans cesse remise à jour afin d'affiner, de parfaire
un peu plus l'équilibre spectaculaire des écoutes.
Et il y a dans cet album et son mixage comme un sentiment
de liberté, un appel à la rêverie, à
la danse. Une aventure multicanale qui n'est pas sans rappeler
quelques notes des Moody Blues... Nous ne nous plaindrons
pas des 48 Khz (fréquence d'échantillonnage)
un peu légers lorsque l'on sait que l'on peut grimper
à 96 Khz tant les qualités de restitution
frisent la perfection et se révèlent toujours
très très claires, irréprochables.