Toute l'essence de Zappa semble contenue
dans cet album posthume qui, outre le fait de posséder
une qualité de reproduction sensationnelle sur laquelle
nous reviendrons en détails, projette une dimension
aurale et acoustique à laquelle personne n’est
réellement habitué. La texture des sons marque
durablement l’esprit, d’autant qu’ils
datent des années 1970s et se voient présentés
avec un impact et une puissance d’évocation
qui laissent sur le carreau. Le couplage de ce mixage artistique
dément et harmonieux, complètement ouvert
et multiplexé sur toutes les voies de l’espace
d’écoute, et le format DTS 96/24 (5.0) réalise
des petites merveilles d’immédiateté.
D’une part, les sons et les diverses sonorités
qui composent l’univers musical si singulier de Zappa
bénéficient d’une ouverture plus franche,
et d’une extension fréquentielle (jusqu’à
96 Khz) qui redoublent leurs efficacité et leur pouvoir
psycho-acoustique. Une sorte de sur-audiophilisation de
la musique en somme, que l’on perd indéniablement
lors de l’écoute de la ridicule piste PCM Stéréo
: celle-ci noie le message acoustique, et n’émarge
presque aucun détail. Le retour au 5.0 confirme l’attention
que Zappa portait à l’architecture musicale,
à sa construction ainsi qu’à sa dissipation
dans l’espace de représentation, qu’il
s’agisse d’une salle ou d’un studio. Devant
et autour de l’auditeur, c’est toute une profondeur
de champs quasi-visuelle qui se dessine au travers de la
projection de sonorités abstraites et informelles
(improvisation, tempo soudain, transitoires brutales,…).
La plage 2, Lumpy Gravy, impose
une scène arrière typique du format Quad (4.0
en son temps): une stéréo absolue, à
l’avant comme à l’arrière, découpée
avec toute la précision fréquentielle et spatiale
qu’apporte le format DTS 96/24, ici employé
à son plein avantage. Le son qui en ressort demeure
100% discrete et affine une fraîcheur et une immédiateté
immanquables qui revivifient le son quadraphonique des années
soixante-dix en lui apportant une définition et une
transparence presque accrues, très loin devant ce
que l’on attendait. La plage « Chunga Basement
» (11:48) se pose sans doutes comme le morceau le
plus mûr de ce DVD-Audio. Elle propose en effet une
scène sonore calme mais gérée avec
une finesse toujours très musicale qui emploie la
profondeur de champs sonore pour étager des lignes
instrumentales subtiles avec une grande précision,
entre les enceintes frontales et arrières. S’installe
alors un jeu de mixage entre avant et arrière de
l’auditorium au fur et à mesure que les instruments
se placent dans l’espace d’écoute et
le remplissent graduellement de leurs sonorités agencées
avec tact. Un travail de sculpture sonore, quelque part,
affiné et détouré par le format DTS
96/24, décidément très convaincant
et à l’aise sur diverses sonorités (cinéma,
musique, guitare…). La gamme et la profondeur dynamique
apportées par le DTS 96/24 permettent du reste d’élever
encore plus haut ces partitions mentistes et surannées,
toujours fines et éclatées de toutes parts.
Le sentiment de volume demeure massif, tout comme la texture
des sons, palpable et réelle. Pour conclure, on arguera
que Quadiophiliac demeure une curieuse curiosité
qui nous éclaire pourtant à sa façon
sur une des nombreuses conceptions d’un mixage multicanaux
pensé comme un objet et un projet artistique en soi,
et qui intervient lors de l’enregistrement et pas
seulement en seconde partie. Comme le regrette Dweezil Zappa
dans les notes insérées dans le livret joint,
quel dommage que Franck ne soit plus là pour nous
en révéler un peu plus…
Quadiophiliac, ou du son multicanal bohême
et inimitable, dans sa texture et dans son comportement...