Une remarquable présentation, qui parvient à s'accommoder de toutes les afféteries visuelles (un continuel feu d'artifices de filtres, ralentis, accélérations...) du cinéaste. En offrant un disque entier au film, l'éditeur dispose de suffisamment d'espace disque pour présenter le film en DTS ES Matrix Plein Débit, tout en disposant d'un excellent bitrate pour ce qui est de l'image. Elle a beau être granuleuse et hideuse, mais la présentation s'en tire avec les honneurs. Contrastes performants, échelles de gris, lorsqu'elles sont visibles au diapason, définition maximale (les gros plans sont à vomir) eu égard des matériaux d'origine... Les éclairages si particuliers se voient préservés et la palette colorimétrique se montre fidèle au souvenir des salles de cinéma. Au final, une copie de haute volée, encodée aux petits oignons, pour une image très complexe à contrôler. L'apport d'un encodage très large (le film est présenté sur le disque un, les suppléments renvoyés sur le second) permet de préserver l'essentiel du film en termes d'image. Tantôt 'amateur', tantôt vrai 35 mm argentique, l'image de Saw III demeurera intacte sur cette édition zone 3. Un travail éditorial et technique irréprochable dont bien des éditeurs aux quatre coins du globe devraient s'inspirer.
Le diapason d'or, que nous octroyons très rarement, est ici amplement justifié par cette bande-son qui prolonge le plaisir brillament inauguré avec le premier opus. L'activité multicanaux est constante et maximale, et profite totalement des possibilités offertes par le format DTS ES 6.1, bien que seulement matricé. Ce dernier œuvre à créer un arc sonore sur la scène arrière, et se pose comme un pilier autour duquel tout semble s'articuler, dès les premières minutes. Qu'il s'agisse de profondeur de champs acoustique (l'enceinte centrale arrière semble située très loin derrière l'auditeur, donnant ainsi une illusion acoustique de profondeur et de grandeur) ou de simple relais entre les deux diffuseurs surround, ce canal central arrière se montre régulièrement dévastateur et perforant. La circulation des sons et des détails acoustiques, signature formelle des bande-son de la trilogie, se montre ici pleinement employée, et les tournoiements et autres effets audio-visiogène virevoltants tirent profit de l'encodage en DTS Plein Débit, offrant par là-même au film une dimension sonique étendue, de tout premier ordre.
La scène frontale se montre perpétuellement stéréophonique et abuse d'une présence quasi-obsédante de bruitages glauques mais terriblement réalistes. Chaque canal semble être animé d'une vie et d'une énergie acoustique propre, puis, une fois intégrés dans le mixage global, communique avec ses confrères, sas oublier le canal de grave, qui développe une énergie dans le bas du spectre par moments colossale. Cette circularité, cette fluidité acoustique est la preuve d'un mixage réalisé avec un très grand soin et qui a su se débarrasser bien vite de la moindre parcimonie. Il en subsiste un "gros son", à la dimension cinématographique forcée et assénée avec force et fracas. La réponse en fréquence explore toutes les zones dynamiques du spectre, sans en favoriser une seule à la fois, et développe un ensemble acoustique qui allie textures froides et acier (les pièges) et motifs médiums et graves. L'épaisseur des sons, ainsi que leur réalisme exagérément "visible" dans la bande-son procure au spectateur un sentiment de dégoût, en symbiose parfaite avec les images choc imposées par le cinéaste. Vitesse et profondeur, agressivité et spatialisation caractérisent au mieux l'univers sonore de ce troisième volet. La scène arrière rayonne à n'en plus pouvoir sur différents angles, et hurle des basses fréquences qui monopoliseront les ressources de vos diffuseurs arrières. C'est bien simple: l'énergie requise par le canal central arrière est telle qu'on le jurerait encodé en Discrete.
Pas de demi-mesure ni même de sobriété: l'ambition des mixeurs n'a été que d'en mettre plein les oreilles. La partition désormais reconnaissable se voit elle aussi maximisée et diffusée dans tout ce magma avec une prestance et une présence parfois orchestrale fortes. De réguliers pics acoustiques sont assénés par la bande-son. Lors de ces instants, l'activité ambiophonique se montre maximale et frise l'irrévérence. L'écoute en DTS permet de densifier la dynamique et de maintenir une qualité de diffusion et de pression sur chaque canal, là où la piste Dolby Digital peine à s'affirmer, et ne fait dominer qu'un seul canal à un moment donné. Totalement différent, le codage DTS maintient l'énergie impulsionnelle de chaque canal sans en faire dominer un seul et unique. Avec telle bande-son, le format se montre avantagé et nettement plus logique sur les plans structurels et acoustique, offrant au film un terrain multicanaux des plus fertile et des plus réjouissants. La piste DTS dispense un plaisir coupable, et anéantit dès les tout premiers instants la piste Dolby Digital, certes très bonne, mais difficilement capable de gérer cette activité multicanaux débordante et bouillonnante d'informations diffusées à différentes vitesses et constituées de couches, de strates acoustiques qui ne cessent de s'ajouter afin d'amplifier les émotions, et de donner corps à un spectacle agressif et choquant. Le format DTS propose ainsi une scène sonore littéralement éblouissante de maîtrise et de puissance. Les arabesques sonores crées par le film dominent lors de l'activation des pièges. Chaque séquence semble viser un point d'apothéose acoustique, passant du calme (très relatif...) au chaos sonore en l'espace de quelques secondes. Quelques créations artistiques émaillent également ce troisième opus: les sonorités lors des séquences de flashback évoquant l'âme pervertie et torturée du personnage principal emploient la gamme dynamique et donnent à entendre de très réussies boucles sonores abstraites, situées dans le bas-médium, puis le grave, avant d'être transpercées par quelques aigus cinglants. Le design sonore de chaque piège, également, amplifie le choc visuel et dessine entre les diffuseurs une présence réelle et physique.
Variée, vastement "dimensionnée", agressive à souhait et offrant de très larges perspectives ambiophoniques, constamment mise à contribution, la bande-son de Saw III détonne et rugit avec une rage et une dynamique comme on l'entend finalement peu. En réalisant un carton acoustique plein et objectivement immanquable, la piste DTS ES 6.1 Matrix s'impose comme une référence, exactement comme ce fut le cas sur les deux précédents opus d'une saga qui semble ne plus finir. Une furie sensationnelle à laquelle il sera difficile de résister...
Seul regret: l'absence de codage DTS ES Discrete, qui fut pourtant exploité par le second volet Saw II en zone 3, chez le même éditeur... et qui récolta également un diapason d'or.
Interactivité
Magnifique Digipack qui propose un liquide rouge sur fond blanc. En l'agitant, on devine une gigantesque tâche de sang dans laquelle baigne la jaquette du film. Edifiant et unique en son genre, donc profondément collector.
Sur le disque #2, vous trouverez, sous-titrés en anglais, quelques courts modules non dénués d'intérêt. 57 minutes de suppléments, sans oublier le commentaire audio du metteur en scène sur le disque du film.
- Les pièges de Saw
- Accessoires
- Anatomy of a Director
- Scènes coupées
- Interviews
- Bandes-annonces (4/3 et 2.0...)