Toujours réussie, l'image offerte par ce pressage manque néanmoins de clarté et de pertinence. La dynamique visuelle se voit très souvent trop clairsemée, légère et quelque peu filtrée, offrant une texture difficilement convaincante. En ce sens, la mise en scène et les moyens faramineux déployés se voinet quelque peu altérés en raison d'une définition générale certes agréable et efficace mais loin des standards acceptables de nos jours. Les contrastes, éléments décisionnels ici, se montrent eux aussi quelque peu en retrait et participent à cette imprécision qui en devient parfois nébuleuse. La compression MPEG II n'est que très peu altérée mais suggère une image vidéo au télécinéma peu vertueux. La température colorimétrique domine tout de même cet ensemble en demi-teintes.
Le son
L'éditeur a eu une lumineuse idée en présentant la bande-son en DTS 96/24. En effet, et ce même si les différences entre Dolby Digital et DTS 5.1 96/24 ne se révèlent pas aussi distanciées que prévue, le film exigeait ce surcroît de définition et de renfort de dynamique. Véritable lingerie sonore, d'une densité et d'une présence acoustique rares, la bande-son du film constitue une merveille de tous les instants. Aussi léchée et détaillée que le film lui-même, elle propose une dimension et un éclat sur tous les canaux, et affiche une transparence ainsi qu'un éclat bouleversants. Véritable ballet sonore, classique dans sa disposition scénique, elle s'aventure parfois vers l'œuvre d'art en terme de mixage, ne serait-ce que sur le canal central, qui capte les dialogues avec des distinctions, des nuances vocales et intonatives qui flirtent avec la haute fidélité, offrant des sonorités pleines et massivement solides. Avec sa réponse en fréquence très large, la bande-son parvient à créer un univers entier de détails omniprésents, qui exacerbent la perception de la tragédie. Des bruitages délicats de bracelets et autres bijoux occupent une scène sonore prodigieusement large et intense, et qui se voient répartis et spatialisés sur tous les canaux avec un degré de finition et de définition rarement entendu cette année. La transparence expressive, la largeur stéréophonique et l'unicité qui existe entre l'arc frontal avant et la scène arrière se montre irréprochable. Expansive et dirigée de main de maître, la bande-son se montre pétillante et grouillante de vivacité. Toujours alerte et incisive, elle dessine les contours des sons et répartit leur présence sur six canaux de manière totalement holographique, offrant au film une dimension acoustique d'une étonnante complexité. Textures et tessitures apparaissent alors avec un sens évident de la matérialisation, soulignant sans jamais forcer le trait un travail d'une rigueur et d'une précision que nous récompensons, à genoux, d'un Diapason d'Or aucunement usurpé.
Selon les situations, des dialogues aux scènes de combat, elle déploie une prodigieuse présence qui exigera le maximum du pouvoir de recouvrement et de la dynamique de vos enceintes. Cela étant, la bande-son se fond avec l'ambition tragique de l'intrigue, où chaque voix et bribe de dialogue représente une étape marquante dans la dramaturgie et la progression de l'intrigue. L'émotion esthétique qui en émane atteint des sommets et imprègne les sens. La clarté frappante et la plénitude tant artistique que technique qui se dégagent de cet ensemble, confortée par une dynamique incendiaire et exemplaire qui découpe le paysage sonore avec des contrastes sons faibles et sons forts inouïs parviennent à créer un spectacle magistral, une sorte de valeur étalon qui aurait pu être encore poussée davantage mais qui propose, déjà, une œuvre d'art.
Les divers épaississements soudains de la scène sonore, leur ampleur, constituent autant de points d'orgue pour la dramatique du film, faite de strates acoustiques. Les designers sonores se sont appuyés sur des techniques éculées mais toujours aussi efficaces sur la manipulation et la suggestivité: celle de l'hyper-foley qui amplifie les détails sonores normalement audibles mais peu discernables dans la réalité (son des tissus lorsqu'une manche est retroussée, ou un rideau tiré...) afin d'amplifier les gestes des personnages et de sur-détailler les détails, et celle de la gamme dynamique, dont le but avoué est de développer l'univers sonore du film et de créer de brutaux effets de contrastes sur le plan musical, tonal mais également sonore, à l'image d'un opéra. De multiples échos diffusent des dialogues rémanents dans l'espace acoustique du film, mais aussi des attaques franches et massives (musique, batailles...) qui viennent rompre la délicatesse de la soie que possèdent la majorité des séquences sonores situées dans le palais. Lors des batailles, une authentique décomposition formelle isole certains détails, mis sans jamais accentuer ou sur-développer l'ouverture sur les voies arrière. Il en demeure tout de même un découpage spatial d'une prodigieuse fluidité et au cœur duquel la définition des détails isolés contribue à un réalisme acoustique d'une justesse hors pair.
La musique de Tan Dun, génialement grandiose, complète ce spectacle acoustique avec une magnifique ampleur symphonique, à l'impact esthétique et émotionnel certains. Souvent jusqu'au point d'installer chez l'auditeur une chair de poule mémorable (détail subjectif toutefois). Enregistrée dans des conditions visiblement luxueuses, elle domine la scène sonore et l'habille de mélodies réitérées mais toujours contrastées. Musiques, voix, paroles: la partition et son mixage constituent à n'en point douter l'une des plus belles émotions acoustiques de 2006. A cet égard, la dernière partie du monologue final de Zhang Zhiyi (autre très grand moment de cinéma), où chaque détail environnemental (rideaux, décors, robes, froissement complexes des tissus...) résonne de manière toujours réaliste, avec son crescendo de musique, mérite d'être écouté à fort volume pour découvrir les capacités de transcendance de son système de reproduction sonore. Il en va de même pour la bataille qui ouvre le film: sans jamais exagérer la présence de la scène arrière (certains l'auraient espéré plus ouverte et présente), la bande-son parvient à créer des instants furibonds et durs comme du métal, définis à la quasi-perfection. Les bruitages de pas sur un sol en bois stratifié, ainsi que les sonorités des décorations du palais diffusées en permanence sur la scène arrière à d'autres moments font complètement disparaître les enceintes (pour peu qu'elles soient transparentes en terme de sonorité) au profit d'ondes sonores d'une netteté exacerbée. Mention spéciale aux sonorités aquatiques.
La piste DTS 96/24 possède de sérieux atouts, mais déçoit quelque peu. D'une part, elle ouvre la largeur expressive à bien plus de détails et d'extension. En effet, chaque détail sonore se ne voit pas limité dans la trajectoire acoustique mais comme prolongé, étendu par rapport au format Dolby Digital qui, la plupart du temps, sonne tel une distorsion. Les basses fréquences se propagent avec davantage de tonus et de motricité, de texture. Les promesses du format spécial développé par DTS sont bien tenues, avec des qualités de finition et de dynamique rehaussées (24 Bit de définition sonore), ainsi qu'un prolongement du taux d'échantillonnage (96 Khz) qui améliore le découpage et la précision de l'ensemble de manière sensible. L'intérêt artistique du DTS 96/24, tout comme sa dimension technique, se lisent du début à la fin du film, et ce même lors de séquences purement dialoguées où la zone médium du spectre reprend le dessus.
Avec sa clarté sans faille, sa beauté acoustique et orchestrale, sa richesse tonale et sa justesse de ton, la bande-son de The Banquet s'impose comme l'une des plus belles de 2006. Jamais ouvertement spectaculaire ou ostentatoire au sens normalement admis du terme, elle propose un spectacle étonnant de réalisme et révèle une esthétique de la composition tout à la fois cinégénique et audiophile. Inutile d'y chercher un délire technique et voyant. le spectacle est ailleurs, blotti entre les enceintes, et réside dans sa capacité à atteindre les sens des spectateurs et à les mettre dans un éveil aussi cinéphile qu'audiophile.
Grandiose!
L'interactivité
Répartie sur le disque 2, mais sans sous-titres autres que Chinois.
1. Making Of (46 minutes)
2. Feng Xiaogang and Casting Interviews
3. Behind the scenes
4. The Banquet event
5. Trailer
6. TV Spot
7. Poster And Promotion Materials (promo reel de Cannes 2006 superbe, bien qu'encodé en 4/3 et en Dolby Digital 2.0...)
8. Photo Gallery