9 avril, 2016 - 06:31
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GAINSBOURG (VIE HÉROÏQUE): figure de style en (très) Haute Fidélité

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C’est à nouveau en retard que nous allons évoquer la sortie Blu-Ray du splendide Gainsbourg (Vie Héroïque) de Joann Sfar. Disponible depuis près de deux mois maintenant, nous sommes enfin parvenus à visionner cette édition HD, qui permet une découverte émerveillée du film, qui s’y voit présenté dans des conditions techniques luxueuses. La piste son DTS-HD Master Audio 5.1, n’y allons pas par quatre chemins, constitue l’une des plus réussies entendue cette année, qu’il s’agisse du plan technique, mais aussi, et surtout, artistique.

 

Daniel Sobrino, que nous avions interviewé il y a de cela quelques années, suite à son César du Meilleur Son pour son travail sur les Choristes, est crédité en tant que chef opérateur du son. Cyril Holtz, mixeur (excessivement) talentueux a réalisé le mixage 5.1 du film, assisté de Jean Goudier (au montage son). Une fine équipe, qui, une fois réunie, a opté pour mise en commun des compétences de chacun, donnant ainsi à voir et à entendre un mixage et une bande-son singuliers, au parfum d’inédit. Avant toute chose, le premier éclat de ce mixage provient de l’enregistrement des dialogues, et de la qualité de tous les sons « in ». La voie centrale propose à elle seule un rendu limpide et cristallin, à la dynamique vocale saisissante, confinant avec le (presque) jamais entendu cette année.

gainsbourg blu-ray

Les innombrables passages chantés profitent ainsi d’un confort de diffusion et d’une fidélité dans le rendu qui laissent pantois. Une haute fidélité qui n’usurpe aucunement son appellation, prolongeant les efforts vocaux des acteurs, mettant subtilement en lumière leurs interprétations. Le jaillissement de certaines paroles, la justesse des timbres et l’équilibre du grain des voix percent la scène sonore frontale avec une netteté saisissante, laissant même filer quelques sifflantes, preuve d’une absence de réégalisation forcée. Avec ses nombreux passages dialogués, aux consonances théâtrales, il est évident que le film profite pleinement de ce surcroît de définition (les 24 Bit sont audibles de bout en bout), en proposant une brillance et une netteté à nulle autre pareille.

 

Mais au delà de cette caractéristique, qui met en vedette le travail de captation de Daniel Sobrino, la bande-son excelle aussi à reproduire une esthétique du sentiment musical, tout en offrant des perspectives d’écoute sans cesse renouvelées. Là où il était possible d’en attendre fort peu en termes de spatialisation et de diaphonie, ce travail sonore surprend sur toute la ligne. En effet, le recours aux extensions qu’offre la scène surround arrière sont quasi-constants, et la mobilité des son dans l’espace tridimensionnel accuse une finesse spatiale et une précision sans commune mesure. Dès les toutes premières séquences, l’équilibre de ce mixage est rendu évident via sa liberté expressive, sa fraîcheur et l’évidence de son réalisme, qui, tous, conduisent à son immédiateté et à sa transparence. Chaque lieu semble habité, de manière fort juste et réaliste, d’extensions sonores et acoustiques s’affranchissant des traditionnelles notions d’effets ou d’ambiances. Des rires d’enfants placés de ci de là sur tous les axes de la scène sonore, des appels au loin, dans la forêt, tous sont reproduits avec toutes les vertus du réalisme poussé à son maximum, sur un grand nombre de canaux. Ainsi, si le film se prête finalement peu aux éclats sonores, il se trouve tout de même une acoustique intime spectaculaire, hautement plus évènementielle sur le terrain sonore que le dernier volet des aventures d’Indiana Jones…

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En outre, l’aspect musical, ou plutôt de son rendu dans l’espace, a bénéficié d’un soin tout particulier, quasi-conceptuel. Tentative d’explications: la plupart des chansons de Serge Gainsbourg sont connues pour être rendues (et sauf erreur de notre part) en son monophonique. Ici interprétées par les acteurs, et nouvellement instrumentalisées par Olivier Daviaud et ses nombreux musiciens, la fidélité de la retranscription importait massivement. Or, en lieu et place d’une disposition spatiale traditionnelle, en mono éclaté sur les deux canaux frontaux, comme il est coutumier de l’entendre depuis tant d’années, Cyril Holtz a opté pour un positionnement bien spécifique au coeur de son mixage 5.1. Sans doutes ne l’avez vous pas remarqué, mais durant les deux heures quinze du film, outre les dialogues sur la voie centrale, seule la partie droite de l’installation/auditorium véhicule les sons, principalement la musique et les chansons. En ce sens, ce ne sont pas deux canaux frontaux qui jouissent des textes de Gainsbourg, mais la zone fantôme située entre le canal avant droit et le canal arrière droit. Loin de tout artifice, cette gestion de l’espace permet de solliciter des zones audibles peu conventionnelles, construisant par là même l’espace sonore sur la droite, tout en maintenant une profondeur acoustique qui couvre l’avant et l’arrière de la zone d’écoute. La musique de Serge Gainsbourg ne se voit ainsi aucunement dénaturée, mais profite d’une profondeur inédite via cette disposition très cinégénique, qui libère aussi la charge acoustique de la scène frontale. Certains aspects musicaux profitent de tous les canaux à disposition, aux moments dramatiquement opportuns.

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Au delà d’une simple caractéristique technique secondaire, il s’agit là sans nuls doutes d’une authentique figure de style, visant, via ce procédé d’expression, à s’écarter de l’usage ordinaire de l’espace sonore cinématographique, dans le but de tenter d’insuffler une expressivité particulière au propos musical. Loin d’être tout juste évocatrice, la bande-son participe ainsi de cet effort de mise en scène. Mise en espace, la musique récupère une vigueur sensationnelle, lors de nombreux passages iconiques: l’arrivée de B.B, les différentes rencontres, les enregistrements, les coups d’éclat… Le mixage n’atteint plus sa stricte visée de support audio, mais vise un état supérieur de représentation cinématographique, qui agit en symbiose avec les images. Un tel degré d’exigence, une telle conceptualisation impliquent des volontés stylistiques d’intégration, tout en révélant les sens multiples des sons mis en musique. Paroles et instruments, impeccablement enregistrés et mis en scène avec un brio exceptionnel, deviennent des êtres à part entière.

 

diapason-argentSignalons enfin la qualité et la prestance du rendu musical, qui met en valeur chaque instrument, et qui offre des textures musicales suaves et saisissantes de netteté et de profondeur. Subjectivement, le mixage semble  même conserver une part importante des textures des prises de son analogique de l’époque. Certains passages obligent presque à faire grimper très haut le volume sur l’amplificateur, afin d’être violemment immergé par les paroles et les musiques de cet artiste hors normes. Soignée, nerveuse, réactive, musicalement chaude et presque charnelle, mobile et d’une très rare élégance, cette bande-son ne pouvait rêver mieux qu’une présentation en DTS-HD Master Audio. Le codec, pour une fois, y trouve une expressivité technique comme on en entend rarement. Particulièrement à l’aise, il impose la qualité d’écoute ainsi que la profondeur de signal qu’offre le son numérique non compressé avec une facilité doublée d’ une évidence qui, littéralement, laissent sur le carreau. Massivement musicale, férocement réussie, cette bande-son constitue une véritable oeuvre d’art. Oubliez certaines productions nord-Américaines pourtant efficaces. La bande-son de Gainsbourg (Vie Héroïque) se pose, pour une pléthore de raisons, comme son immanquable point d’orgue technique et artistique.

 

evaluation

Note image Note Image
Note DTS Note DTS
Note mixage Note mixage
Note dynamique Note dynamique
Note scene arriere Note scene arriere
Note dimension Note dimension
Note interactivite Note interactivite
Note globale Note globale
Note interet du blu-ray Note interet du blu-ray











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A propos de Stéphane Roger | Cornwall

Rédacteur en chef et créateur du site DTS-Phile.com. Cinéphile, enseignant.
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