12 octobre, 2015 - 18:35
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Flashback: analyse du trailer DTS 2005 ‘Sparks’

Flashback: analyse du trailer DTS 2005 ‘Sparks’

En ce Dimanche automnal pluvieux et glacial, nous vous proposons de vous replonger dans la lecture d’un article que nous avions publié en 2005, au sujet du trailer DTS baptisé « Sparks ». Il n’est plus jamais réapparu depuis des années, mais sa forme originale et sa présentation en DTS ES Discrete (6.1) sur DVD (commercialisé en ligne par DTS) ont fait de lui un élément collector. Flashback vers l’année 2005 donc:

DTS frappe un grand coup lors de cette fin d’année 2005. Alors que jusqu’à présent, seuls deux trailers (ces jingles diffusés en début de film en salles ou sur DVD et annonçant le format audio choisi pour le fim diffusé) DTS existaient (Flying Disc: 1993 etSonic Landscape: 2000), un tout nouveau venu vient de voir le jour, fruit du travail de Nathaniel Kunkel et Michael Jay (au mixage son) et de Rod Finley, directeur général de C2K Entertainment qui en a conçu l’animation. Les images de synthèse ont elles été conçues par Café FX. Toute cette fine équipe, sur laquelle nous reviendrons, a été multi-récompensée (Oscars ou prix techniques).

Baptisé Sparks (littéralement, des étincelles), il se décline en deux présentations distinctes de 18 secondes. Toutes deux sont pré-encodés en DTS ES et seront diffusés en DTS Plein Débit (1509.75 Kbps) sur DVD, si l’éditeur décide de l’inclure. Présentation en image et analyse acoustique de ces tout nouveaux nés dont la nature profonde est de présenter, sur un laps de temps extrêmement court, la clarté de la qualité acoustique mise en valeur par le procédé sonore numérique DTS sur un monde tantôt concret, tantôt abstrait. Une création de pointe qui accuse une fort belle dynamique, officiellement introduite sur les salles de cinéma du territoire Nord-Américain depuis le 15 juin 2005, et disponible sur les DVDs encodés en DTS de par le monde courant automne 2005.

 Mixage: Nathaniel Kunkel 
 Composition sonore: Michael Jay
 Animation: Rod Finley (C2K Entertainment)
 Images de synthèse: Café FX

Visuellement, ce trailer s’affirme comme une indéniable réussite. Le travail de Café FX porte naturellement ses fruits, et l’animation se révèle fluide et moderne, délicate et attentive. La colorimétrie a été sélectionnée avec tact: arrière-plan noir café, lignes et étincelles bleus aciers, logo DTS rouge sang, et blanc de circonstance. Une unité de ton et de « touches » qui respire l’étude graphique appliquée et soignée.

Si la durée de ces trailers se révèle très courte (18 secondes dont 3 secondes de noir sans images et sons…), le déploiement mis en oeuvre possède une cinégénie là-aussi indéniable, ainsi qu’une ébauche thématique qui illustre visuellement un procédé sonore dont on perçoit, visuellement toujours, le développement acoustique et spatial. A mesure que les images se complexifient au rythme des étincelles filantes apparaissant à l’écran (voir nos captures exclusives), la bande-son s’étoffe et se diversifie, sans pour autant verser dans l’excès ou ouvrir les voies arrières de manière spectaculaire.

A ce sujet, nous ne cacherons pas notre déception, les deux trailers (identiques visuellement), ne différant que par leur teneur sonore. Si le premier se révèle plus moderne en terme de sonorités et d’acoustique, le second offre lui une certaine réserve expressive, se limitant de manière surprenante aux voies frontales, et délaissant quelque peu les voies arrières, qui, certes, diffusent une aura sonore palpabale, mais dont la teneur et la densité acoustiques se révèlent peu expressives…

Cette création de pointe met en avant la clarté de la qualité acoustique du procédé sonore numérique DTS sur un mode tantôt concret, tantôt abstrait. Une vertue fort appréciable, loin des tapageurs effets de propagande qui en disent finalement moins sur la dimension sonore que sur son efficacité immédiate. Le second trailer, Sparks Suite Mix, propose une dissipation acoustique certes tempérée mais qui révèle son ampleur si elle est écoutée à fort volume. Le déploiement dans l’espace demeure tout de même restreint, le caisson n’apparaissant que sur la fin de la tonalité, de manière très légère. Sobriété et mesure accompagnent le travail de mixage réalisé par Nathaniel Kunkel (voir photo ci-contre), qui a utilisé une ligne mélodique d’une extrême simplicité (une bribe de flûte de pan synthétique qui ferait presque penser à une publicité pour des serviettes hygiéniques…) et un autre axe sonore, bref et concis, sorte de virgule, de contrepoint, qui brise la lecture du premier en montant en dynamique soudainement, toujours issu d’une source synthétique. A l’arrière-plan sonore, correctement étagé par le format DTS et réparti sur toutes les voies, une onde abstraite en forme de bruit blanc « organisé » (difficile à décrire) accompagne les lignes graphiques dans leur étoffement, sur toutes les voies. Le trailer, qui débute réellement au bout d’environ trois secondes, s’ouvre sur les voies arrières qui réalisent un court appel auditif (mais qui, en salles de cinéma mal étalonnées, s’avèrera imperceptible…) qui se verra très vite complété par une densité qui se construit progressivement.

La clarté sonore qui domine lors de ces dix huit secondes permet d’identifier chaque source sonore, chaque source focale, de son émission jusque dans sa dissipation filante sur le plan acoustique. En revanche, difficile de reconnaître la nature exacte de ces sons, d’où ce sentiment d’inquiétante étrangeté acoustique sur laquelle repose l’efficacité de ce trailer. Plus musicalement marqué (quelques notes légères identifient une construction musicale moderne) que le premier, Sprite Suite Mix se révélera pourtant anecdotique pour beaucoup dans la mesure où le remplissement de l’espace ne s’avère jamais réellement effectif, et se contente de reposer sur un argument musical d’une grande ténuité, et de miser sur une montée en puissance discrète à partir de cette équation de base. Acoustiquement, difficile de dire que le son numérique discret multicanal et ses maintes possibilités sont utilisées ou même explorées de manière convaincante… Ce devoir de réserve donne l’impression d’une volonté stricte et peu démonstrative de déjouer l’ostentatoire. La fluidité presque liquide qui accompagne les visuels filants et les bribes musicales témoigne tout de même d’une attention soutenue. Un spin sonore musical aux thèmes classiques.

Loin d’impressionner ou même de convaincre, cette deuxième version, plus harmonieuse et moins abstraite du trailer ne devrait pas faire l’unanimité, mais se révèlera bienvenue en préambule de films intimistes. Plus aérée, aérienne et moins lourde que sa consoeur que nous détaillerons dans quelques lignes, cette version brille par sa finesse (encore que…) et son degré de séparation des plans sonores, tous clairement identifiés, et tous parfaitement clairs et dynamiques.

La première version du trailer, baptisée Sparks Suite se révèle toute autre mais partage la même nature acoustique que Sparks Suite Mix. En effet, si les notes instrumentales et tonales disparaissent ou du moins s’estompent du devant de la scène acoustique, on retrouve cette même volonté de réserve, mais on récupère un pouvoir d’évocation dynamique et un remplissement de la scène surround plus unifié et davantage protéiforme (arabesques, enchevêtrements de sons…). Un roulement de graves tendus est perceptible dès les premiers instants, installant une dimension dynamique immanquable. La montée en puissance sonore est épaulée par une très bonne valeur dynamique, mais le choix d’éléments sonores mats et abstraits rend difficile la mémorisation de cette courte séquence, tout autant qu’elle empêche une lecture aisée des constituants de l’espace d’écoute. Bas-médiums enjoués, grave convaincant (même si on a déjà entendu très largement mieux…), ouverture spatiale et répartition spatialisée impressionnante bâtie sur une montée en régime foudroyante, qui retombera d’ailleurs très vite, mais pas colossale… Cette composition, très abstraite et graphique (même sur le plan sonore), représente sans doutes aucuns une prise de risque. En s’éloignant des trailers proposés par Dolby qui misent tous sur l’effet et la recherche d’une ouverture maximale de tous les canaux, Sparks Suite propose une alternance complexe et forcément décevante, pourtant foncièrement réussie mais au final déroutante, et surtout trop courte. Les effets spatiaux sont répartis précisément mais n’attirent guère l’attention vers eux. La clarté de la réponse en fréquence ne s’avère pas non plus très optimale. Peu brillante (ouverture sur le haut du spectre) et à nouveau recentrée sur le centre de l’installation, cette mise en scène sonore s’accapare certes l’espace avec une certaine délectation, mais ne le domine jamais objectivement.

Le compositeur, Michael Jay (un vétéran patenté du milieu électronique), a toutefois réussi a capter une des essence du procédé DTS: en s’intéressant au coeur organique des sons, même les plus abstraits (écouter cette onde se dissipant), il parvient à mettre à nu le pouvoir d’exploration acoustique du codage DTS. Cela peut sembler vite énoncé, mais préserver une richesse harmonique et tonale indéniable au coeur de nappes sonores complexes et pourtant très simple, mais présentées sur un mode abstrait et déconcertant ne se révèle pas chose facile. Ici, le codage DTS ne travaillera pas de manière intensive vue le peu de texture ‘filaire’ et ‘nerveuses’ mises à disposition, mais propose une intensification toujours très claire, même au coeur de la tourmente. La note de basse fréquence glissée sur la toute fin du trailer, lors du dernier échappement sur l’arrière droit d’une étincelle filante, s’impose finalement comme la cerise sur le gateau. Légère toutefois, très légère… Peu de fantaisie, peu d’esbrouffe, peu d’ouverture, peu de démonstration et peu de tape-à-l’oeil, voilà comment il s’avère possible de résumer ce troisième trailer créé par DTS depuis 1993. On s’étonnera de ne voir mentionné que le sigle « DTS » en blanc sur fond rouge… Aucune mention de l’extension ES ni même de la mention « Digital Surround Sound ». A ce titre, le tout premier trailer, « Flying Disc » (1993), était nettement plus démonstratif et informatif puisqu’il affichait clairement « Cette salle est équipée en son numérique ». Cette dimension didactique, essentielle à nos yeux, disparaît totalement ici, au profit d’une sobriété impressionnante qui tient en trois lettres, sans signification pour 95% des spectateurs…

Il est extrêmement difficile de mettre des mots clairs et nets sur ces 18 secondes acoustiquement impressionnistes… Point de piano Yamaha comme sur le trailer précédent, point de sonorités acier déchirées et étirées comme ce fut le cas (de manière en effet peu sobre mais qui déployait visuellement et ‘soniquement’ le terme numérique/digital) sur le tout premier trailer créé par DTS en 1993… Ici, les visuels prennent le pas sur l’auditif. Si la symbiose synesthésique image/son s’avère indéniablement présente, en revanche, le binôme sons/acoustique manque cruellement de matière, en dépit d’une recherche esthétique en terme de sound design qui ne manquera pas d’attiser la curiosité des plus attentifs.

Pour savourer ce trailer, il convient d’essayer, mentalement, de saisir les diverses nappes sonores étagées qui le composent, et de tenter de les identifier dans leur trajectoire spatiale. Cette simplicité expressive ne constitue aucunement un défaut au sens strict du terme, mais témoigne d’une forme d’épure sonore que certains considereront comme bienvenue en ces termps de « n’importe quoi »… Une approche fine et raisonnée, à la dimension difficilement identifiable pourtant. Une part d’insaisissable finalement, qui ne manquera pas de provoquer des réactions contrastées. Ce dernier terme, « contrasté », semble définir au mieux la raison d’être de ces trailers.

Fruit de la collaboration entre Jay (composition musicale) et Kunkel (mixage et expression acoustique), Sparks représente une petite touche contrastée dans l’univers du home-cinema et du son au cinéma. Randy Thom ou encore Gary Rydstrom devraient y retrouver des repères et leurs marques sans difficultés. Kunkel, fort de son expérience dans le mixage de musique en mode multicanal (Sting ou encore Graham Nash, deux travaux exceptionnels dans ce domaine) a donc pu saisir une opportunité de se recentrer sur le coeur musical, tonal et expessif de certaines nappes sonores (sources diverses, abstraites) mise en conjonction et en superposition. Ainsi, ces trailers ne manquent jamais de caractère sonore et oeuvrent à développer les « (…) possibilités combinées du son et de l’image » chères à André Bazin.

« L’abstraction consiste à choisir, parmi l’ensemble des propriétés de plusieurs objets du monde réel ou imaginables, un certain nombre d’entre elles pour caractériser un objet-type, ou objet idéal, qui est ensuite plus commode à manier qu’une énumération d’objets réels, surtout si elle est infinie. » A partir de cette simple approche de la notion d’abstraction, il est possible de mettre à nu la raison d’être de ces trailers. En effet, ceux-ci ne s’exposent pas aux simples oreilles des spectateurs, mais s’inscrivent dans leur espace de captation sonore afin de susciter une émotion sur un mode purement acoustique. Cette recherche de la simplicité se justifie donc complètement et rend évident la nature musicale de ces trailers, même s’ils peuvent se percevoir de manière pré-musicale sur le plan psycho-acoustique, selon la sensibilité aurale de chacun.

Si le minimalisme se définit par la primauté de la simplicité, il est dénué de toute symbolique et ne cherche à jouer que sur les formes et les couleurs. Sparks Suite et Sparks Suite Mix s’insèrent dans cette conception artistique en développant une courte thématique sonore sous-tendue par une ligne expressive et dynamique évidente et d’une irréprochable netteté. Une belle réalisation, loin des standards et des canons techniques, mais qui a le mérite de proposer un court paysage sonore appréciable pour sa délicatesse et pour sa sensibilité objective aux sons et à leur nature.

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A propos de Stéphane Roger | Cornwall

Rédacteur en chef et créateur du site DTS-Phile.com. Cinéphile, enseignant.
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